«Absence de retenue», «fierté» de mutiler et «présomption de légitime défense» votée cet été : le régime ne recule devant rien.
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Police et médias, main dans la main.
À chaque mouvement social, c'est la même entreprise de déstabilisation visant à discréditer les oppositions et préparer les prochaines destructions sociales.
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Ce vendredi 2 octobre à Belfort, en marge des blocus des lycées, un commandant de police âgé de 59 ans a été passé à tabac par ...
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Plus de 2 000 personnes, très majoritairement des mineurs, ont été placées en garde à vue depuis lundi 28 septembre en marge du mouvement des lycéens. Plusieurs d’entre eux témoignent de conditions de détention violentes, qui interrogent sur la réponse politique apportée à cette mobilisation
Inès Bennacer et Pierre Jequier-Zalc
2 octobre 2026 à 19h41
La voix d’Ethan*, 15 ans, est posée, méticuleuse, précise. Pendant une heure, celui-ci raconte, en détail, les vingt-quatre heures de garde à vue qu’il a passées au commissariat de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) entre le 24 et le 25 septembre, après son interpellation sur le blocage du lycée professionnel Frédéric-Bartholdi, dans lequel il étudie en première.
Ce n’est que vers la fin de son récit, à la question « comment allez-vous aujourd’hui ? », que sa voix flanche légèrement. « Je n’ose plus sortir. J’ai peur de recroiser l’équipe de la BAC. »
Quelques jours après sa garde à vue, il se rend à l’hôpital et consulte un pédopsychiatre qui, dans un certificat médical, écrit : « L’examen initial a découvert : des cauchemars, des angoisses, un vécu de peur, il est en hypervigilance et dans l’évitement de l’extérieur, n’ose plus sortir seul et n’ose plus aller au lycée. » Diagnostic : stress aigu post-traumatique et sept jours d’ITT.
Le garçon de 15 ans assure que, par la voix de son avocate, il va déposer plainte contre les policiers, « sans trop d’espoir ». Devant le médecin, comme auprès de Mediapart, il raconte des violences et des humiliations répétées. « En salle de fouille, un vieux policier m’a demandé de me déshabiller. J’ai refusé d’enlever mon bas. Il m’a baissé mon pantalon et mon caleçon de force », assure celui qui est ressorti du commissariat sans poursuites pénales.
Lors de son audition, sur les conseils de son avocate, il décide de garder le silence, expliquant seulement qu’il a été « violenté » par des policiers qui lui auraient dit « ton père il ne s’occupe pas bien de toi petite merde », avant de le traiter de « fils de pute ».
La suite, c’est Ethan qui la raconte : « Deux policiers me raccompagnent dans ma cellule. Dedans, l’un m’attrape par le col et me plaque contre le lit en béton. L’autre me met des patates derrière la tête en me disant : “T’es seul maintenant, ton avocate elle est partie petite salope.” » Interrogée sur ces propos, la préfecture de police n’a pas répondu à nos questions à l’heure où nous publions cet article.
« Un seul repas par jour »
Alors que le mouvement lycéen s’étend partout en France, les chiffres d’interpellations et de gardes à vue communiqués par le ministère de l’intérieur grimpent en flèche jour après jour. Jeudi 1er octobre, 1 800 personnes, dont 90 % de mineur·es, avaient été placées en garde à vue depuis le début de la semaine. Pour la seule journée du 1er octobre, plus de 1 900 personnes ont été interpellées. Des chiffres tout à fait inédits.
« Aux revendications légitimes, [le gouvernement] répond par la violence, les interpellations, les gardes à vue. […] Cette répression est d’une ampleur sans précédent », s’inquiète la CGT qui accuse le gouvernement d’organiser et d’assumer « l’escalade » de violences constatées depuis mercredi 30 septembre et appelle à manifester auprès des lycéen·nes le 6 octobre.
De son côté, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a témoigné de « toute [sa] confiance » à l’égard des forces de l’ordre « pour parvenir au juste équilibre entre proportionnalité des interventions, nécessaire maintien de l’ordre et protection des biens et des personnes », dénonçant un « climat de violence inacceptable aux abords des établissements scolaires ».
Les policiers tapaient sur les barres en métal avec leur matraque pour nous réveiller la nuit. J’ai été insulté de “sale petit Arabe”. -- Mohammed, lycéen de 16 ans à Saint-Denis
« On est en colère. On proteste parce qu’il y a des rats dans nos classes, où il n’y a pas assez de tables et de chaises, et on nous envoie la police comme ça. C’est ça la liberté de manifester et de protester ? », rage, amer, Mohammed.
En seconde générale au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, il a effectué quarante-huit heures de garde à vue entre le 29 septembre et le 1er octobre. Poursuivi pour dégradation de biens, des faits qu’il conteste intégralement et pour lesquels il est présumé innocent, il sera jugé le 17 février.
« Lorsque j’ai été interpellé, les policiers m’ont tiré par les cheveux puis m’ont embarqué dans la voiture. Dedans, l’un d’entre eux m’a tiré si fort le bras que j’ai cru qu’il allait se casser. Je demandais ce que j’avais fait. La seule réponse que j’ai obtenue : “Ferme ta gueule” », raconte le jeune homme de 16 ans.
Placé pour la première fois de sa vie en garde à vue, il raconte « quarante-huit heures d’enfer ». « On nous a servi un seul repas par jour. On était quatre dans une cellule pour trois qui puait la pisse. Les policiers tapaient sur les barres en métal avec leur matraque pour nous réveiller la nuit. J’ai été traité de “sale petit Arabe” », affirme le lycéen.
Sa mère, qui s’est rendue au commissariat pour essayer de voir son fils, n’a, selon elle, guère reçu un meilleur accueil. « Quand j’ai demandé à voir mon fils, le policier à l’entrée m’a crié dessus, puis m’a dit de partir. J’ai cru qu’il allait me frapper », témoigne-t-elle.
Darmanin demande la responsabilité civile des parents
Jeudi 1er octobre, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, a convoqué les trente-six procureurs généraux pour apporter « une réponse pénale ferme et l’engagement de la responsabilité civile des parents de mineurs chaque fois que cela est possible », a-t-il écrit sur X. Invité le lendemain sur RTL, il a dit « espérer » que « les magistrats du siège confirmeront » ce que demanderont les procureurs.
Sophia Fichera, elle, préfère prendre la parole à la place de son fils, Noham, 16 ans, lycéen à Jean-Jacques-Rousseau à Sarcelles (Val-d’Oise), car il est encore « très choqué ». Jeudi 24 septembre, au premier jour du mouvement lycéen, Noham se rend en cours comme d’habitude, car, malgré les rumeurs de blocage, sa mère a préféré qu’il y aille par crainte qu’il « prenne une absence injustifiée », raconte-t-elle.
À 8 h 15, son fils est interpellé par deux agents de la BAC, présents en nombre aux abords de l’établissement. Rapidement, Noham est interpellé, fouillé puis embarqué, le tout filmé par ses ami·es qui s’empressent d’informer Sophia Fichera.
« Dans la voiture, il a demandé des explications sur son arrestation, car il n’avait rien fait, les agents n’ont pas cherché à comprendre. Ils lui ont dit “ferme ta gueule” et “on va te niquer si tu continues” et d’autres insultes. Ils l’ont frappé à plusieurs reprises, au foie, au visage », dénonce-t-elle.
Entre-temps, elle est prévenue par le commissariat que son fils est mis en garde à vue, pour dégradation de biens. Sur les coups de 18 heures, le lycéen sort du commissariat. Il raconte à sa mère qu’on lui a interdit l’accès aux toilettes et que les insultes racistes étaient incessantes.
Depuis, Noham ne veut plus aller au lycée ou seulement s’il est accompagné par son père. Sophia Fichera a désormais peur qu’on lui colle injustement l’étiquette de voyou. Surtout qu’elle a le sentiment qu’il a été embarqué délibérément, notamment parce qu’il est maghrébin et qu’il « portait une casquette ».
À son retour chez lui, le garçon de 16 ans, qui a déjà effectué de la garde à vue pour des rodéos urbains, confie à sa mère : « On m’a maltraité comme jamais, c’était horrible. » L’adolescent est convoqué en janvier 2027 devant le juge des enfants pour avoir « participé à un attroupement en étant en possession d’une arme », ce qu’il conteste. Il est présumé innocent.
« La tête écrasée contre un mur »
Lionel*, élève à Paul-Éluard, à Saint-Denis, raconte la même chose. « Malheureusement, j’ai déjà fait plusieurs gardes à vue dans ma vie. Mais jamais, vraiment jamais, on m’a tabassé et insulté comme cela. Ils m’ont éclaté la tête au sol, à coups de poing. J’ai subi une bavure », raconte le lycéen de 17 ans, qui montre une vidéo dans laquelle on voit cinq agents de police le plaquer violemment au sol devant son établissement. Il est ressorti libre du commissariat, sans poursuites pénales, mais avec des séquelles physiques, son arcade étant largement entaillée.
Adam porte encore les stigmates de son arrestation. Contacté par téléphone, au côté de sa mère, il répète : « Ils m’ont tordu le bras, j’ai encore les traces. » Le jeune homme de 16 ans est scolarisé au lycée André-Marie-Ampère à Morsang-sur-Orge (Essonne). Mercredi 30 septembre, il a participé au blocage de son établissement. L’adolescent nie toute dégradation. Il assure seulement avoir brandi quelques pancartes, « pour rigoler ».
Lucie Opigez, sa mère, raconte encore, bouleversée : « Le lendemain, une équipe de police a débarqué chez moi. Seule ma fille âgée de 13 ans était présente. Paniquée, elle a ouvert. Les forces de l’ordre lui ont dit agressivement : “Il est où ton frère ?” » Adam était chez son père, ses parents étant divorcés.
Dans la demi-heure qui a suivi, c’est là-bas qu’ils se sont présentés. « J’ai ouvert et ils m’ont sauté dessus en me demandant les codes de mon téléphone. Je n’ai pas répondu, alors ils m’ont giflé », explique-t-il, précisant qu’on lui a « écrasé la tête contre un mur » pour lui passer les menottes. On lui reproche d’avoir lancé des mortiers, ce qu’il nie.
Le lycéen décrit ensuite une fouille « traumatisante » et « humiliante » au commissariat. « J’étais en caleçon devant plusieurs hommes, il faisait froid, j’avais peur », s’émeut-il. Le lycéen refuse à nouveau de fournir ses codes de téléphone, alors, il assure avoir été frappé à tel point que sa joue a « triplé de volume ».
Il passe la nuit dans un autre commissariat, où on lui retire matelas et oreillers. « On m’a insulté en continu », affirme-t-il. La mère et son fils indiquent préparer un signalement à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et envisagent de porter plainte. Le jeune homme doit comparaître en novembre devant le tribunal pour enfants.
Aujourd’hui, l’ensemble des lycéens qui ont témoigné auprès de Mediapart se disent « profondément choqués ». « Je suis traumatisé. Tous les soirs, dans mon lit, je revis la scène. Dans la rue, quand je vois une voiture de police, j’ai les jambes qui tremblent. J’essaie de me cacher », souffle Lionel. « C’était traumatisant. Je suis effrayé, terrorisé, je n’ose plus aller au lycée, de peur de recroiser ces policiers », abonde Mohammed.
Surtout, ces lycéens confient ne plus se rendre aux mobilisations depuis leur garde à vue. « C’est la première fois que je me mobilise pour défendre quelque chose qui me paraît juste : bien étudier, dans des conditions convenables. Je ne sais pas si je le referai », conclut Ethan. La mère d’Adam résume : « Pour avoir exercé leur droit à manifester, nos enfants se sont fait casser la gueule. »
Découvrez L'éditorial de Stéphane Sahuc « Contribution exceptionnelle sur les profits : le chantage du patron milliardaire de CMA CGM, Rodolphe Saadé » dans l'Humanité du 30 septembre 2026
Une enquête menée conjointement par Acrimed et Orient XXI.
Derrière chaque crise, il y a des profiteurs, et en l’occurrence, ce sont les vendeurs de pétrole comme Total.
Bonjour Antichesse,
Merci d’avoir détaillé ta réponse. Un point me semble important : tu passes de "2-3 % des hommes" à "2-3 % des étrangers". Ce n’est plus le même sujet. Je t’avais demandé d’où venait ce chiffre pour les hommes, tu ne l’as pas justifié, et tu as déplacé la discussion vers l’immigration.
Sur le fond, les chiffres montrent une surreprésentation masculine dans les violences. Personne ne dit que tous les hommes sont violents. Mais tu utilises l’argument "not all men" en rappelant que la majorité des hommes ne sont pas violents. Ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est la surreprésentation masculine dans ces actes. Dire "pas tous les hommes" ne répond pas à la question : pourquoi cette minorité commet-elle une majorité de ces violences ? C’est cela qui mérite analyse. L’analogie avec les étrangers ne tient pas : si la surreprésentation d’une minorité ne permet pas de généraliser aux étrangers, elle ne permet pas non plus de généraliser aux hommes. Donc soit on accepte l’analyse statistique sans généraliser, soit on l’interdit pour tout le monde. Mais pas seulement pour les hommes.
Tu m’associes à Alice Coffin, que je connais mal. Ce qui me gêne, c’est qu’à travers ses propos, tu retournes la charge sur les femmes, qui ne sont pourtant ni plus autrices ni plus victimes dans le graphique. Les hommes deviennent tout à coup les opprimés d’un discours féministe. Cela me paraît excessif. Nous sommes encore dans une société inégalitaire, où les hommes sont globalement plus avantagés socialement, économiquement et culturellement. La victimisation des hommes par des discours est donc hors de propos.
Enfin, je doute qu’il soit judicieux de confondre masculinité toxique et toxicité humaine. Ce concept ne dit pas que tous les hommes sont toxiques, ni que la toxicité est exclusivement masculine. Il dit que certains comportements associés à une vision culturelle de la masculinité sont statistiquement plus répandus chez les hommes. Inventer une symétrie avec la féminité toxique n’est pas pertinent. C’est comme mettre en parallèle la misogynie et la misandrie : la misogynie est un système d’oppression, la misandrie n’a pas ce poids systémique.
"Tous les Juifs…", "toutes les femmes…", "tous les homosexuels…" ne peuvent pas être mis sur le même plan que "Tous les hommes…". Les hommes ne sont pas une minorité opprimée, ils ne subissent pas de discrimination systémique en tant qu’hommes. La comparaison est au moins fallacieuse. Utiliser la lutte contre l’antisémitisme pour délégitimer la critique du patriarcat me choque.
Désolé de ne pas avoir répondu avant, je ne consulte le River que de temps en temps. Si tu as des arguments dans ce débat important, n’hésite pas à les partager. J’aimerais qu’on évite les procès d’intention et les généralisations, pour que la discussion reste utile.
Depuis 2014, l'Etat, et donc les différents gouvernements qui se sont succédé, ont été inventifs pour creuser le déficit budgétaire.
Certains mots utilisés sur les réseaux sociaux et les plateformes sont en apparence anodins. Ils cachent en réalité des idées racistes, antisémites, xénophobes
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