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Les bourgeois et les politiciens ne sont jamais rendus responsables des crimes et délits de leur progéniture.
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Un homme d’affaires russe, mis en cause dans une affaire de contrebande de vin, a affirmé à la police anticorruption avoir fait l’objet d’une proposition financière pour obtenir la prestigieuse décoration.
Une petite affaire de contrefaçons de vin va-t-elle alimenter le grand scandale de corruption présumée à la Légion d’honneur ? Mis en cause pour avoir vendu des bouteilles de contrebande en Bourgogne, un homme d’affaires russe a livré, en mars 2026, un témoignage potentiellement explosif accréditant l’existence d’un trafic de décorations ces dernières années.
Ces déclarations, que les enquêtrices et enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) vont devoir conforter par des éléments extérieurs, émanent d’un homme qui est tout sauf un lanceur d’alerte exempt de tous reproches – il ne prétend d’ailleurs pas l’être, admettant sa participation à un réseau de faussaires de bouteilles de grands crus.
Actuellement mis en examen dans ce dossier instruit à Dijon (Côte-d’Or), après une première condamnation dans une affaire similaire en 2017, Aleksandr Voinovskii, 42 ans, a effectué plusieurs mois de détention provisoire avant de mettre en cause des anciens membres de son entourage.
D’après ses déclarations, des personnalités parfaitement introduites dans les cercles de pouvoir lui ont proposé, au cours de l’année 2021, de verser d’importantes sommes d’argent liquide (allant de 50 000 à 150 000 euros) en vue d’obtenir une décoration ou un titre de séjour. Parmi les personnes évoquées par Aleksandr Voinovskii figure notamment Julien Renault, organisateur de soirées mondaines de 48 ans, dont le nom était déjà apparu dans le scandale.
Créateur du fonds de dotation de la Légion d’honneur, Julien Renault est notamment soupçonné d’avoir introduit plusieurs fortunes françaises, avec lesquelles il était parfois en relation d’affaires, auprès du général Benoît Puga, grand chancelier de l’ordre de 2016 à 2023, dont il était particulièrement proche, comme Mediapart l’avait raconté.
Sollicité à la suite des déclarations d’Aleksandr Voinovskii, l’intermédiaire français nous a confirmé avoir été en contact avec l’homme d’affaires russe, mais a contesté formellement toute proposition de décoration moyennant finances. « Personne n’a jamais promis de décorations, jamais ! », affirme Julien Renault, expliquant que si des promesses ont été formulées par des membres de son entourage, elles ont été faites dans son dos, sans qu’il en soit informé.
Des réceptions réunissant le Tout-Paris
D’après le témoignage d’Aleksandr Voinovskii, confirmé sur ce point par Julien Renault, les deux hommes se sont rencontrés à la sortie de la pandémie de covid par l’entremise d’un de leurs amis communs, le restaurateur Benoît Duval-Arnould. Ce dernier est le propriétaire d’un bistrot chic du IXe arrondissement de Paris, Le Bon Georges, où se pressent politiques et patrons, pour qui il organise aussi des chasses privées dans son domaine en Sologne.
Selon son témoignage devant les enquêteurs, Aleksandr Voinovskii a rencontré Benoît Duval-Arnould à travers leur passion commune du vin, avant d’entretenir des relations d’affaires. Contacté par Mediapart, le restaurateur n’a pas souhaité nous donner sa version des faits, malgré de nombreuses relances.
En 2021, Aleksandr Voinovskii fréquente assidument Le Bon Georges quand il finit par rencontrer Julien Renault au cours d’un déjeuner dans une salle à l’arrière de l’établissement. Il est ensuite invité à l’une des soirées au cours desquelles l’intermédiaire français réunit le Tout-Paris dans son impressionnant hôtel particulier, situé à deux pas de l’Arc de triomphe.
« Je n’avais jamais vu un tel lieu de ma vie. C’est en plein centre-ville, avec un immense jardin et une cour. Tout est en marbre, il y a un majordome », se souvient le Russe, qui dit avoir notamment croisé sur place des policiers, qui lui auraient prêté leur matériel pour faire des photographies. Un cliché consulté par Mediapart montre ainsi Aleksandr Voinovskii vêtu d’un gilet pare-balle. « Ces policiers connaissaient très bien le propriétaire de la maison et parlaient beaucoup de la Légion d’honneur et des personnes proches du pouvoir », indique l’homme d’affaires russe.
Au cours de la même réception, il témoigne avoir observé une forte présence de cocaïne – ce que ne conteste pas Julien Renault. « Cela allait de pair avec l’alcool, j’ai tout arrêté », déclare celui qui, depuis son départ de la Légion d’honneur, s’occupe désormais d’un autre fonds de dotation, celui de la garde républicaine, malgré une condamnation en première instance pour escroquerie en bande organisée à douze mois de prison avec sursis, le 13 novembre 2025.
À l’issue de sa rencontre avec Julien Renault, Aleksandr Voinovskii dit avoir été incité par son ami Benoît Duval-Arnould à solliciter un titre de séjour ou une décoration, moyennant paiement en espèces. Ce qu’il dit avoir toujours refusé.
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Alors que les canicules se succèdent, le débat public ne relève souvent que du simple affichage. Les décisions récentes de l’exécutif – fonds vert amputé, passoires thermiques remises sur le marché… – témoignent du déni qui règne dans une large partie du monde politique, estime Stéphane Foucart, journaliste au service Planète, dans sa chronique.
Dans le sillage de la troisième vague de chaleur qui s’abat sur la France, le sentiment qui domine reste celui de l’incrédulité devant l’étendue du désastre. La brutalité de ses effets sur les corps, les écosystèmes, les infrastructures ou l’agriculture n’a pas vraiment dissipé le déni qui règne dans une large part du monde politique.
L’heure n’est certes plus à l’affirmation décomplexée du « scepticisme », mais l’accord avec le consensus scientifique, affirmé ici ou là depuis que le mercure s’emballe, n’est souvent qu’un simple affichage, une façade de carton-pâte.
Au-delà des polémiques sur la climatisation ou sur le bilan des morts, le débat politique semble se tenir dans un monde parallèle. La simple mise en regard des conséquences de la canicule avec les projets structurants de l’exécutif liés au climat produit un choc de sidération et d’irréalité. Nous ne sommes plus seulement coincés dans une dystopie climatique, mais aussi dans un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne.
On le voit : avec le réchauffement, la qualité de l’habitat et l’aménagement urbain deviennent cruciaux. Du 22 au 28 juin, la canicule a doublé la mortalité à domicile. Quel signal adresser aux propriétaires bailleurs ? Le gouvernement Lecornu dépose, le 24 juin, un projet de loi qui doit remettre 700 000 passoires thermiques sur le marché locatif.
Une semaine plus tard, Matignon dissout le groupement d’intérêt public Europe des projets architecturaux et urbains, chargé de piloter plus de 200 projets de recherche destinés à adapter le bâti et les territoires au climat de demain. Un millier de scientifiques, d’élus, d’architectes, de géographes et d’anciens ministres protestent, sans entamer la tranquille désinvolture de l’exécutif, qui biffe d’un trait de plume la structure interministérielle.
En région, ce sont les conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, chargés d’aider les particuliers et les collectivités à relever les défis climatiques et environnementaux, qui sont menacés par une réforme de leur financement. Deux d’entre eux ont déjà été liquidés. Quant au fonds vert, destiné à financer l’adaptation des collectivités territoriales, il est amputé des deux tiers.
Les logements et les villes chauffent, les arbres, eux, brûlent. Réponse : planter plus d’arbres, bien sûr ! Mais le plan d’Emmanuel Macron pour le renouvellement forestier, lancé en 2022 (« Planter 1 milliard d’arbres en dix ans »), subventionne les coupes rases sur de vieilles forêts diversifiées, et leur remplacement par des quasi-monocultures de résineux, hautement inflammables. Les experts – y compris ceux qui sont consultés par le gouvernement –, les ONG et la Cour des comptes ont tous alerté sur ces risques. En vain. Un peu partout en France, de l’argent public contribue à vulnérabiliser les territoires au risque d’incendie.
On le sait aussi, la complexité des paysages et le bocage sont des puits de carbone en même temps que des éléments de résilience climatique. Sur ce point, l’action de l’exécutif a été couronnée par un doublement du rythme de destruction des haies depuis 2017, avec plus de 20 000 kilomètres de linéaire qui disparaissent chaque année, comme le note le Haut Conseil pour le climat dans son dernier rapport, publié en juillet. La réponse à ce qui est unanimement considéré comme un échec est un décret entré en vigueur en juin : simplifier les autorisations de destruction du bocage.
Tout semble à l’avenant. Les élevages hors-sol enregistrent des surmortalités parfois considérables depuis le début de la canicule, au point que, dans le Grand Ouest, les équarrisseurs ne peuvent plus faire face. Les lois agricoles successives favorisent depuis deux ans l’ultraconcentration de la production animale, et renforcent non seulement ses émissions mais aussi sa vulnérabilité aux chocs – des exploitations plus petites et plus nombreuses demeurant un gage de résilience.
C’est sans doute sur la question agricole au sens large que les objectifs affichés divergent le plus radicalement des moyens mis en œuvre pour les atteindre. Il existe ainsi un large consensus pour dire que l’agroécologie est l’un des leviers d’adaptation de l’agriculture au réchauffement. Or, non seulement l’agriculture biologique n’a pas augmenté ces dernières années, contrairement aux ambitions de la stratégie nationale bas carbone, mais la France est le seul grand pays agricole européen à avoir perdu des surfaces conduites en agriculture biologique. L’Hexagone était le premier pays de l’Union européenne pour ce qui est du nombre d’hectares bio ; il a été devancé par l’Espagne en 2023.
Devant son incapacité à atteindre les objectifs de la stratégie nationale bas carbone (désormais hors d’atteinte), le gouvernement tient le cap : à Bruxelles, Paris s’oppose à la Commission européenne pour que les aides à l’agriculture biologique ne soient pas inscrites dans la prochaine politique agricole commune. « La stratégie française de développement de la bio n’a pas fonctionné, mais la France semble vouloir y entraîner toute l’Europe », résume la Fédération nationale d’agriculture biologique.
L’exécutif n’est, au demeurant, pas isolé dans ce déni de facto du risque climatique. Le Sénat tient la corde. Devant le constat d’une pénurie rampante de la ressource hydrique, ses élus ont ainsi voté sans trembler, le 3 juillet, la destruction pure et simple des principes qui fondent les instances de la démocratie locale de l’eau, au bénéfice de quelques irrigants.
On voit aujourd’hui la clientèle de certains supermarchés en venir aux mains pour emporter les derniers ventilateurs en rayon : que se passera-t-il quand c’est l’eau qui viendra à manquer ? Il se trouvera alors, sans doute, quelqu’un pour demander : « Qui aurait pu prédire ? » Or l’avenir n’est pas seulement prévisible ; il est en train d’être écrit.
Stéphane Foucart
S’informer pour agir, agir pour gagner
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