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Dimanche soir, lorsqu'il a été annoncé qu'Emmanuel Macron était élu Président de la République, il y a eut un gros écart dans les réactions que l'on a pu observer sur les réseaux sociaux : de nombreux étrangers nous ont félicité (même des icônes de la pop culture comme Mark Hamill ou Zach Braff) mais parmi les français, on a aussi vu pas mal de réactions ré ...
Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40
On 20 avril 2017 par Aude Lancelin
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Comment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force.
C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans auparavant. Un scoop d’importance planétaire, on voit ça, qui valait bien la mobilisation générale de toutes les équipes de la chaîne détenue par ce milliardaire français issu des télécoms. L’étrange spectacle qui s’étalait sur les écrans du pays ce jour-là, c’était un chérubin en costume-cravate s’échappant du ministère de Bercy en navette fluviale pour remettre sa démission à l’Elysée, poursuivi par les caméras de BFM TV, le tout dans le style flouté et distant caractéristique de la paparazzade, de l’image arrachée à l’intimité d’une personnalité livrée bien malgré elle à la convoitise des foules. Comme l’Hyppolite de Racine, le futur ex-ministre en question, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron, semblait ainsi être saisi par surprise en train de « traîner tous les cœurs après lui » sur la Seine, dans une étrange séance de ski nautique géant national. Ce que le téléspectateur ignorait à ce stade, c’est que ce sont les cœurs des patrons du CAC 40 qui battaient la chamade pour lui depuis déjà un petit moment, et que tous avaient un plan pour la France : porter à la Présidence de la République le chérubin si compréhensif aux doléances du capital. A ce stade il n’était rien, mais ça n’était pas un problème. Ses Geppetto, les poches pleines de billets et les rédactions pleines de journalistes, étaient prêts à en faire tout.
La scène, totalement surréaliste, m’est toujours restée en mémoire. De même que la surexcitation des commentateurs en plateau, chargés de faire mousser le non-événement, et de faire passer la dérisoire péripétie pour un événement susceptible de casser l’histoire du monde en deux. Ce jour-là, oui, j’eus le pressentiment que nous nous apprêtions à vivre une opération de propagande d’une dimension et d’une nature tout à fait inhabituelles. Une blitzkrieg médiatique à côté de laquelle les éditoriaux érotiques du « Monde » en faveur d’Edouard Balladur en 1995, ou les tribunes culpabilisatrices de « l’Obs » ou de « Libération » pour faire gagner le « Oui » en 2005, ne furent que de dérisoires et fort rudimentaires précurseurs. L’équivalent d’une longue-vue d’amiral de l’armée des Indes par rapport à un satellite d’observation de l’actuelle US army, pour prendre une comparaison d’ordre militaire.
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Il est certain en effet que la situation dans les médias s’est spectaculairement dégradée depuis ces années là, jusqu’à faire chuter la France au 45ème rang du classement 2016 de la liberté de la presse établi par « Reporters sans Frontières », quelque part entre le Botswana et la Roumanie. Le tout à cause, contentons-nous de citer l’organisme international sur ce point, « d’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias qui ont fini par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. » Jamais une situation pareille de mainmise quasi totale sur la presse ne s’était vue en France depuis 1945. De sinistre mémoire, le quinquennat Hollande restera du reste comme celui de la victoire par KO du capital sur l’indépendance des rédactions. Le candidat PS s’était fait élire aussi sur la promesse de relever les seuils anti-concentration dans ce domaine. La loi naine dont son règne accouchera fin 2016, dite « Loi Bloche », s’empressera d’enterrer la chose au profit de la mise en place de dérisoires « chartes éthiques » censées garantir la liberté des journalistes. Autant fournir de simples casques de chantier pour protéger des salariés travaillant en zone irradiée. A rebours de ses engagements, François Hollande favorisera en 2015 le rachat de titres historiques comme « Libération » et « l’Express » par Patrick Drahi, géant des télécoms, connu pour ses emplettes par effets de levier hautement destructrices d’emplois, et son contorsionnisme invétéré en matière fiscale. C’est également sous ce quinquennat qu’aura lieu la prise de contrôle du groupe « Canal+ » par Vincent Bolloré avec les conséquences sinistres que l’on sait. Ou encore le rachat en 2015 du « Parisien » par Bernard Arnault, déjà propriétaire des « Echos » et premier annonceur publicitaire de la presse, bien connu également pour son progressisme social, sans parler de sa sympathie pour le populo. Mais aussi, après l’absorption en 2010 du quotidien « le Monde » par un trio d’investisseurs emmené par Xavier Niel, ogre concurrent des télécoms, l’avalement par ce même groupe de la quasi totalité de la presse social-démocrate mainstream, avec le rachat en 2014 de « L’Obs », là encore surveillé comme le lait sur le feu par le président de la République.
Ainsi ce dernier pensait-il encore, début 2016, en dépit de sa popularité exécrable, avoir mis autant d’atouts que possible de son côté pour la reconquête de son fauteuil présidentiel. Las, c’était sans compter sur Emmanuel Macron, le polichinelle que lui avaient mis dans le tiroir ses nouveaux amis du CAC 40. Avec son consentement, c’est là toute la perfection de la farce. Il y a quelque chose de biblique dans le châtiment d’un Président qui, après avoir renoncé à faire de la finance son ennemi, confia à celle-ci sa politique économique, et se vit poignardé dans le dos par elle, jusqu’à devoir désormais escorter publiquement ses ambitions élyséennes. Plus précoce que sa dupe élyséenne, il y a des années que Macron plaçait ses pions auprès des géants des médias. Déjà lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild, le protégé d’Alain Minc avait conseillé le groupe Lagardère pour la vente de ses journaux à l’international. Excellentes aussi, les relations entretenues par Macron avec le sulfureux patron de Canal+, Vincent Bolloré, dont on connaît la passion pour les démocrates africains et l’indépendance des rédactions. L’ambitieux ne s’en était nullement caché auprès du journaliste Marc Endeweld, auteur de « L’Ambigu monsieur Macron » (Flammarion). Très étroites également, celles qu’il a avec le fils de ce dernier, Yannick Bolloré, PDG d’Havas, géant de la communication mondiale. Avec le groupe de Patrick Drahi, c’est aussi la love story à ciel ouvert, même si en période électorale les pudeurs de carmélite s’imposent. Ainsi le Directeur général de BFM TV est-il régulièrement obligé de se défendre de faire une « Télé Macron », sans convaincre grand monde, tant les affinités électives sont avérées entre le candidat à la présidence et l’entité Altice-SFR Presse. Lorsque Martin Bouygues et Patrick Drahi s’affronteront pour le rachat du groupe SFR, c’est Emmanuel Macron, devenu le successeur d’Arnaud Montebourg à Bercy, qui entérinera le deal en faveur du second, sans jamais tirer la sonnette d’alarme sur les destructions d’emplois, et autres problèmes multiples posés par ce rachat dans un domaine aussi stratégique que les télécoms. En retour, lorsque Macron décidera de se lancer dans la course à la présidentielle fin 2016, on ne tardera pas à voir rejoindre son équipe comme conseiller aux affaires économiques l’ancien banquier Bernard Mourad, hier encore directeur d’Altice Media Group, à savoir SFR Presse. C’est du reste « Challenges » qui sortira cette dernière information, le magazine aujourd’hui encore dirigé par Claude Perdriel, autre organe fervent de la macronôlatrie. Un agenouillement public à la fois si étouffant et si peu contestable que même ses rédacteurs, peu soupçonnables de déviances gauchistes, s’en plaindront sous la forme d’un communiqué de leur Société des Journalistes.
C’est toutefois avec Xavier Niel, à qui le même Perdriel revendit l’Obs en 2014, que les relations avec le candidat Macron sont devenues au fil du temps carrément torrides. Entre capitalistes qui s’assument, désirant pour la France un destin de « start up nation », peuplée de benêts rêvant de devenir milliardaires, c’est peu de dire que le courant passe. Alors même qu’un reportage diffusé au 20 heures de France 2 annonçait début 2016 que le patron de Free s’apprêtait à financer les ambitions de l’autre, Niel est devenu plus taiseux sur la question. Difficile en effet d’admettre publiquement pour l’homme fort du groupe « Le Monde » son degré de proximité avec le candidat d’En Marche!, alors même que beaucoup accusent déjà le quotidien du soir d’être devenu le bulletin paroissial du macronisme. Interrogé sur LCP le 16 mars dernier, à peine Niel consentira-t-il à admettre que deux candidats pourraient convenir à ses convictions libérales, à savoir Emmanuel Macron et François Fillon. Un second choix qui ne surprendra que ceux qui ignorent que le candidat LR est l’homme qui lui accorda en 2009 la quatrième licence de téléphonie mobile, dans des conditions toujours restées opaques.
Etrangement, le programme de Jean-Luc Mélenchon semble aujourd’hui résonner beaucoup moins favorablement aux oreilles de Xavier Niel, qui le comparait même dans une récente interview accordée au « Temps » à celui de Marine Le Pen. Exactement ce que font les éditorialistes du « Monde » à longueur de semaines – simple communion de vues, vous expliqueront les journalistes du quotidien, dont la perspicacité semble hélas souvent peu en rapport avec la fonction revendiquée de vigie démocratique. Une sorte d’« harmonie préétablie » qui arrange décidément tout le monde. Pour le dire avec les mots de Leibniz : la « substance » actionnariale n’affecte qu’elle-même – c’est-à-dire qu’elle ne passe, par exemple, jamais de coups de fils. Et cependant, toutes les « substances » journalistiques qui oeuvrent sous ses ordres semblent interagir causalement avec elle – c’est-à-dire par se mettre comme par enchantement à son exact diapason. N’y a t-il pas là une merveille tout à fait étonnante à étudier pour l’esprit ?
Lui aussi actionnaire du groupe « Le Monde », le milliardaire du luxe Pierre Bergé, n’aura pas réussi à s’abstenir de tweeter sa fougue macronienne pendant la campagne. « J’apporte mon soutien sans la moindre restriction à Emmanuel Macron pour être le président qui nous conduira vers une sociale-démocratie », lira-t-on ainsi le 30 janvier. Là encore, les journalistes du quotidien se sont contentés de détourner le regard. Trop occupés pour certains à scruter les atteintes oligarchiques à la liberté d’expression chez nos voisins. Une imprudence due au grand âge, entend-on mezza voce au « Monde », sans que rien permette de dire hélas que ce jugement soit un simple effet de la terreur subie. La facilité, et en réalité aussi le bon sens, pousseraient à penser que les journalistes, sous le joug de leurs bailleurs de fonds n’osent plus bouger une oreille. La réalité est hélas plus complexe. Certains d’entre eux crèvent de peur, c’est un fait. Beaucoup d’autres en revanche ne sentent même pas le poids de leurs chaînes. Ils pensent réellement qu’entre la finance à face de chérubin et le lepénisme à visage féminin, il n’y a plus rien à choisir, à penser, à tenter. Ils ont du reste souvent été sélectionnés pour cette aptitude-là, cette étonnante faculté à faire sien ce qu’on vous commande de penser, cette soumission anticipée aux desideratas actionnariaux qu’il serait en effet malséant d’avoir ne serait-ce qu’à énoncer.
La presse n’ayant quoiqu’il en soit pas été très empressée à fournir la Carte du Tendre permettant de s’orienter dans les relations entre Macron et les tycoons français, les lecteurs vraiment obstinés auront dû se contenter durant toute cette campagne de rabouter des petits cailloux épars. Une enquête particulièrement bien informée de « Vanity Fair » sur la reine de la presse people, Michèle Marchand dite « Mimi », levait début avril un coin du voile sur les dîners privés organisés entre Xavier Niel et le couple Macron un an avant la présidentielle. « Quand lors d’un dîner avec les Macron, j’ai entendu Brigitte se plaindre des paparazzis, explique ainsi tranquillement Niel à « Vanity Fair », je lui ai naturellement conseillé Mimi. » Et la journaliste Sophie des Déserts de préciser que c’est le patron du groupe « Le Monde » qui organisa la rencontre à son domicile. Un hôtel particulier du Ranelagh, où il réside avec la fille de Bernard Arnault, patron de LVMH et autre grand fan du petit prince Macron, dont le CAC 40 voulait faire son loyal gérant élyséen.
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Pourquoi aucun grand titre de la presse n’a-t-il trouvé utile d’enquêter sur ce genre de connivences menaçantes ? Pourquoi a-t-on eu au contraire l’impression étrange d’assister pendant toute cette campagne à un putsch démocratique au ralenti, avec un terrible sentiment d’impuissance ? Davantage qu’une intuition, c’est une certitude : si Emmanuel Macron devait être élu à la Présidence de la République, on se réveillerait en mai avec une nouvelle nuit du Fouquet’s, des révélations feuilletonnées sur toutes sortes de grands donateurs, des histoires de premier cercle rappelant les pires heures du sarkozysme, de collusions d’une ampleur inédite entre très gros intérêts industriels, médiatiques et financiers. Partout l’argent rode autour de cette candidature, tout le monde le sait. Lorsque les conditions concrètes qui ont présidé à cette mise sur orbite sortiront enfin dans la presse, post festum, car elles finiront par sortir, ces choses là finissent toujours par sortir, les Français n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. Entre temps, l’ISF sur les grands patrimoines financiers aura été supprimé, le code du travail ravagé à coups d’ordonnances, les services publics sévèrement amputés, les dividendes toujours mieux reversés. Un véritable continent oligarchique est là encore à demi-englouti, prêt à surgir sous nos yeux le 8 mai prochain, et personne n’a jugé bon jusqu’ici de le dévoiler aux citoyens. Surtout pas ceux dont c’est en théorie le métier, à savoir les journalistes. Au moment où ces lignes s’écrivent j’aperçois la pétition d’absurdité que celles-ci recèlent : comment la presse entre les mains de ces messieurs pourrait-elle enquêter sur sa propre nocivité et a fortiori sur la leur ?
Un tableau complet de l’ahurissante endogamie macronienne des médias français exige bien sûr pour finir de mentionner la dizaine de couvertures sur Macron réalisées en deux ans et demi par mon ancien journal, « l’Obs », titre historique de la deuxième gauche également tombé dans les mains de Niel et ses associés à la faveur de l’effondrement de la valeur des médias depuis la fin des années 2000. Pendant ce temps, une seule « Une » consacrée à Mélenchon, candidat pourtant surreprésenté chez les jeunes et les intellectuels, dont ce journal aurait eu terriblement besoin pour survivre en cette période, et retrouver un peu de son lustre passé. Une autre à Hamon, candidat pourtant officiel du PS. Un éditorial sidérant publié à quatre jours du scrutin appellera carrément les lecteurs à voter Macron, en contravention flagrante avec le pluralisme de gauche revendiqué depuis toujours par la direction du journal. On ne pourra décidément pas dire que le job n’aura pas été fait manu militari pour dégager la route à celui-ci. On ne pourra pas dire que tous les helpers milliardaires de la place ne se seront pas mis en marche, et même en déambulateurs, pour le gandin aux envolées oratoires poussives. On ne pourra pas dire que tous les moguls des télécoms qui entravent désormais la libre circulation des opinions n’auront pas tout tenté pour gonfler la baudruche à grand renfort de panégyriques dans leur presse, et d’enquêtes jamais faites.
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Comment se fait-il que dans de grandes rédactions comme « l’Obs » ou « Le Monde », on ne puisse identifier aucun titulaire de carte de presse se réclamant à visage découvert des idées de la « France Insoumise », quand tant de leurs confrères brament sans vergogne leur macronisme sur les réseaux sociaux ? N’est-il pas prodigieux que, dans des journaux se réclamant encore de la gauche, on ne puisse trouver nulle expression, sorti de l’espace dédié aux tribunes extérieures, en faveur d’un ex-sénateur mitterrandiste ne faisant somme toute rien d’autre que de se réclamer des fondamentaux historiques du socialisme ? Hélas j’en connais les raisons. Ce sont déjà celles que je donnais dans le « Monde libre ». Toutes les idées sont tolérées dans ces rédactions-là où, non sans stupéfaction, j’ai par exemple pu entendre un chef de service défendre le programme économique de François Fillon comme étant le meilleur d’entre tous début 2016. Toutes les idées, oui, sauf celles de la gauche debout contre le néolibéralisme. Toutes les idées, sauf celles aujourd’hui portées par un social-démocrate conséquent comme Jean-Luc Mélenchon, repeint par le Président de la République actuel en dictateur et en ennemi de l’Occident. Il est tout de même ironique que de telles paroles viennent justement de François Hollande, ami autoproclamé du « Monde libre » comme on appelait il y a peu ledit Occident, qui aura passé tant de temps sous son quinquennat à fréquenter les oligarques de la presse nationale pour tenter d’acheter par avance une élection, à laquelle il n’aura finalement même pas pu prétendre.
Entièrement revenus dans le poing du capital, situation inédite depuis les lendemains de la Libération, les médias auront en moins de deux ans réussi à transformer en possible présidentiable un ex-banquier d’affaires à peine sorti de l’œuf, n’ayant jamais décroché le moindre mandat électif. C’est peu de dire que chez le chérubin de ses messieurs, comme dans la philosophie sartrienne, le passage à l’existence médiatique aura de loin précédé l’essence politique. En faut-il d’ailleurs du mépris pour le peuple français, pour tenter un coup de force pareil. Macron, ce n’est pas seulement la continuation de politiques usées, celles qui ont lepénisé les classes populaires depuis trois décennies et rétabli un quasi esclavage pour certains peuples européens. Macron, c’est le retour du tâcheronnage sous couvert de modernité. Macron, c’est le 19ème siècle à travers les âges et son indifférence complète à la souffrance populaire, à peine barbouillé de couleurs acidulées et de Silicon Valley. Macron, c’est en réalité ni plus ni moins que le retour du Comité des Forges, et de sa fameuse presse, entièrement asservie par l’argent de la haute finance et celui de la grande industrie, dont les anciens résistants formèrent le rêve de débarrasser le pays à jamais, une fois les « Jours heureux » venus.
Mais me direz-vous, nombre d’« opérations » médiatiques destinées par le passé à peser sur la présidentielle échouèrent finalement. Une percée spectaculaire de Jacques Chirac, au printemps 1995, eut ainsi raison du sacre attendu d’Edouard Balladur, le candidat que la caste s’était choisi. Et il en alla de même en 2005, alors qu’une campagne d’intimidation littéralement terroriste menée par le « cercle de la raison », s’était pourtant abattu sur les partisans du « Non ». Tout ceci est absolument vrai. Au jeu de la pédagogie à coup de matraque, les médias peuvent parfois rater leur coup, même si pour une opération loupée de temps à autres , on pourrait dénombrer tant de leurs réussites passées inaperçues. C’est la raison pour laquelle l’écriture de ce texte ne m’a pas semblé entièrement vaine, à quelques jours du premier tour d’une présidentielle à nulle autre pareille. Tant que le mal n’est pas fait, tout peut encore être défait. Français, ne vous laissez pas voler cette élection.
Aude Lancelin
par Les indignés du Québec | juillet 10, 2013 · 12:36
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Le néolibéralisme détruit l’humanité !
Stéphane Hessel ce grand Monsieur indigné de 93 ans écrivait peu avant sa mort que : « L’intérêt général doit primer sur l’intérêt particulier, le juste partage des richesses créés par le monde du travail primer sur le pouvoir de l’argent » Cette vision des choses va à l’encontre du modèle anglo-saxon qui considère plutôt que l’intérêt général est formé de l’ensemble des intérêts particuliers. L’interprétation de ces deux idéologies divergentes a des impacts considérables sur nos vies puisqu’au Canada comme aux États-unis, le poids des lobbyistes du pétrole, qui réunit certaines des entreprises les plus prospères, n’est évidemment pas le même que celui des défenseurs de l’environnement ! Ce qui fait que petit à petit on en arrive a des aberrations telles que celles de Mégantic, Fukushima, Dacca, Deepwater Horizon, Tchernobil, Bopal,Three Mile Island, pour ne nommer que celles là ! Bref le Néolibéralisme nous tue, lentement mais surement. Les eaux, la terre sont polluées, les graines sont génétiquement modifiées, les abeilles sont détruites par les forces néolibérales maléfiques. Cette situation destructrices fait réagir les indignés de la terre qui se lèevent tel une gigantesque vague pour crier leur indignation. Pascale Cormier, quant à elle, s’insurge contre ce modèle qui nous conduit inexorablement dans un cul-de sac. qui s’ouvre sur la mort !
stephen
Le néolibéralisme est un crime contre l'humanité
Par Pascale Cormier
Lac-Mégantic, coquette petite localité située au cœur de l’Estrie, l’une des plus belles régions du Québec, tout près de la frontière américaine. Par un beau vendredi soir de juillet, l’une des premières nuits vraiment chaudes de l’été 2013. Les uns peinent à trouver le sommeil, accablés par la chaleur humide; d’autres en profitent pour faire la fête entre amis ou seulement jouir du calme et du beau temps, dans les arrière-cours et sur les terrasses, une bière fraîche à la main. Quand soudain, vers 1 h du matin, c’est l’apocalypse : une pluie de feu se déverse sur le centre-ville dans un fracas de fin du monde. Un convoi ferroviaire qui transportait du pétrole s’est emballé et a déraillé en plein cœur de la ville, et quatre wagons ont explosé, pulvérisant des dizaines de maisons ainsi que la bibliothèque et un supermarché (...)
pompier (1)
Il y aura des enquêtes, bien sûr. Et beaucoup, beaucoup de « damage control ». Déjà, la Montreal Maine & Atlantic Railway, la compagnie responsable, a mis sur pied une « cellule de crise ». En bon français, ça veut dire qu’on va tout faire pour noyer le poisson. On va dire que c’est la faute à « pas de chance », que c’est le résultat d’un malheureux concours de circonstances, que cette catastrophe était imprévisible et ne pouvait être évitée. Et nos lâches dirigeants, toujours prompts à s’à-plat-ventrir devant le grand capital, vont cautionner cette version des faits et verser quelques milliers de dollars aux familles des victimes en faisant semblant d’avoir de la peine pour elles. Oui, tous : les dirigeants de la compagnie, les pouvoirs publics, les responsables de la sécurité publique – tous vont verser une petite larme de crocodile devant les caméras et vont s’empresser d’oublier toute l’affaire. « Business as usual. » Pourquoi?
puits
Hypocrites! Assassins!
Peu importent les résultats de l’enquête, nous savons tous que cette catastrophe était parfaitement évitable. Qu’elle n’aurait jamais pu se produire dans un monde où l’humain prime sur le profit. À une époque pas si lointaine, la sécurité du public était vraiment une priorité. Dans tous les champs d’activité, et plus encore dans ceux qui présentent un danger certain, comme l’agro-alimentaire ou le transport des marchandises dangereuses, il y avait beaucoup, beaucoup de règlements à respecter. Et beaucoup, beaucoup d’inspecteurs pour faire appliquer ces règlements. Bien sûr, ça coûtait cher à l’État. Et aux entreprises. Ça faisait une grosse fonction publique, cette armée d’inspecteurs. Et bien des tracasseries et des frais pour l’industrie privée. Alors sont arrivés les « Neocons ». Ceux-là ne croyaient qu’à une chose : le profit. La croissance illimitée des profits. N’était-ce pas l’essence même du capitalisme? Tout ce qui pouvait constituer une entrave au profit devait donc être assimilé à un « complot socialiste » visant à détruire le capitalisme. C’est ainsi que notre société foncièrement capitaliste est devenue, tout à coup, une société « socialiste ». Tout ce qui avait pour but d’assurer un minimum de bien-être et de sécurité à l’ensemble de la population, tout ce qui visait à réduire les inégalités et à protéger les droits de la collectivité était « de gauche », donc nuisible. Le mot d’ordre, c’était que l’industrie était parfaitement capable de s’autoréguler– et qu’il fallait à tout prix réduire la fonction publique et baisser les impôts des plus riches et des sociétés, pour leur permettre de « créer de la richesse ». (Au bénéfice de qui, ça,on s’est bien gardé de le préciser…) C’est ainsi qu’on s’est mis à fermer des agences d’inspection, à mettre à pied des inspecteurs, des ingénieurs-conseil et des scientifiques par milliers, et à déchirer d’innombrables règlements qui avaient assuré jusque là la protection de la population. Résultat : on fait rouler des locomotives obsolètes sur des chemins de fer en mauvais état. On lance en pleine ville des convois de wagons-citernes bourrés de pétrole sans conducteur. Ça fait des économies. Ça fait plus de profits, avec moins d’inspections,de tracasseries, d’irritants administratifs et de règlements tatillons. Et moins d’employés à payer, tant pour l’État que pour les transporteurs. Et puis, un jour, inévitablement, ça fait boum.
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Ça aurait pu faire boum dans l’industrie alimentaire. Dans la prospection gazière et pétrolière. Dans un pipeline. Dans une centrale électrique. Un pont, un édifice mal entretenu, n’ayant pas fait l’objet d’inspections régulières. Là, c’est un convoi de pétrole dans une petite ville de l’Estrie. Demain, ce sera où?
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On dira que c’est un bête accident; que c’est un malheureux concours de circonstances; que ça n’aurait pas pu être évité. Et on fera taire les voix qui exigeront plus d’inspections, plus de règlements, plus d’employés, un meilleur entretien des équipements, en criant au gauchisme et à l’anticapitalisme primaire. Parce que dans notre monde néolibéral, quelques dizaines, quelques centaines ou même quelques milliers de vies humaines, ça ne pèse pas lourd, face aux impératifs de la croissance et du profit. Souvenons-nous de Bhopal. Souvenons-nous des Éboulements où un autocar sans freins a plongé dans le ravin, entraînant ses passagers dans la mort. Souvenons-nous de ce drame récent au Bangladesh où un immeuble abritant des « sweat-shops » s’est écroulé, tuant plus de mille ouvriers.
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Tout ça, ce sont les fruits de la déréglementation – ou de l’absence d’inspecteurs et de fonctionnaires en nombre suffisant pour faire respecter les règles. C’est ce qui arrive quand on met l’être humain au service de l’économie, plutôt que l’inverse. C’est ce qui arrive quand les politiques publiques ont pour seul et unique but de favoriser les intérêts de l’industrie privée.
Jusqu’au jour où nous crierons enfin d’une seule voix : C’EST ASSEZ!
Mes plus profondes sympathies aux proches des victimes. Mais que notre chagrin soit le ferment de nos colères, pour que ces malheureux ne soient pas morts en vain.
Nous sommes toutes et tous MéganticoisEs aujourd’hui.
Pascale Cormier
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Cet article émouvant est une version légèrement allégée du très beau texte de Pascale Cormier que vous pouvez lire intégralement ici. Les Indignés du Québec saluent le courage de Madame Cormier. Merci Pascale !
http://journalmobiles.com/societe/enjeux/le-neoliberalisme-est-un-crime-contre-l-humanite
Comme un piano mécanique, la présidentielle déroule sa partition écrite de longue main. Le deuxième tour où tout électeur est pris en otage pour faire élire n’importe qui d’autre ou sinon c’est Le Pen, prouve son efficacité. Nous allons en effet tous refuser notre voix à Marine le Pen, quelle qu’en soit la forme et le prix. Nos maîtres chanteurs ont gagné. Leur chantage pervers avait commencé dès le début, il y a plus d’un an et demi. Comment oublier l’épisode «Juppé, seul capable de bloquer Le Pen » ? Et les gogos de la « gôche » cotisant pour voter « Juppé » à la primaire de la droite ? Boudi ! On croirait que c’était il y a cent ans ! Non, c’était juste en novembre dernier !
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De la prise d’otages
par Frédéric Lordon, 3 mai 2017
Le Monde diplomatique
De la prise d’otages
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« Les fractures boulangères suivent les fractures banquières... tout le monde est pris en otage même le pain ! »
cc Daniel
« Si ce personnage fameux qui riait de tout vivait dans notre siècle, il mourrait de rire assurément », écrit Spinoza à l’un de ses correspondants. Et sans doute de même en le nôtre. Car c’est vrai qu’il y a de quoi rire longtemps au spectacle de choix qui nous est offert – sous la condition tout de même d’avoir le cœur bien accroché, car en réalité ça n’est vraiment pas drôle. Dans le concert pour cymbales et sanibroyeurs qui tympanise le pays entier, il n’est, à quelques exceptions près, pas un instrumentiste qui n’ait une part de responsabilité, politique ou idéologique, dans la situation présente – contre laquelle il jure ses grands dieux être prêt à faire barrage de son corps (si seulement…).
La consolidation du face-à-face entre le néolibéralisme et son repoussoir fonctionnel d’une part, la détestation ouverte de la différence de gauche seule capable de briser cette splendide harmonie d’autre part, sont les deux propriétés caractéristiques de cet ensemble symphonique qui orchestre à intervalles réguliers la reconduction du même par exhibition de la différence monstrueuse – après avoir mis, entre temps, son énergie entière à empêcher tout surgissement de l’autre différence.
La morale des incendiaires
On n’en finirait pas de dresser la liste des éditorialistes, des experts, des économistes à gages, des intellectuels de service, des roitelets de matinales qui, pénétrés du sentiment de leur liberté, récitent à l’année le catéchisme de l’époque – « Mais enfin vous n’envisagez tout de même pas du protectionnisme ? Mais les entrepreneurs partiront ! Mais ce sont les entreprises qui créent l’emploi ! Mais sortir de l’Europe c’est la guerre ! Mais les charges détruisent la compétitivité ! » – pour découvrir un matin, stupides et interdits, les effets réels des politiques dont ils sont les desservants. Et surtout qu’une partie croissante de la population est prête à n’importe quelle solution, fut-ce la pire, pour donner une expression à sa rage.
" Lire aussi Renaud Lambert, « Duplicité économique du Front national », Le Monde diplomatique, mai 2017. "Ça tombe bien, on lui en propose une, toujours la même, bien faite pour être inacceptable, d’où résulte invariablement que, certes, « on a entendu la souffrance », « qu’on va enquêter sur la France de la colère », « qu’il faut une Europe plus sociale », mais que pour l’instant on va quand même repartir pour un tour – le monde est bien fait. Si, donc, le jugement de l’histoire était doté de ses moyens matériels, un simple panier à salade par exemple, il lui suffirait de faire le tour des réseaux sociaux et de ramasser l’un derrière l’autre les fulminants du « barrage » pour aligner ipso facto les responsables réels de la situation qui les fait fulminer – encore faut-il s’entendre sur les motifs véritables de la fulmination : non pas la situation elle-même, mais qu’on puisse trouver à y redire, et plus encore vouloir s’en extraire.
Et c’est assurément de cela que l’homme qui rit de tout se tiendrait les côtes : que ceux qui ont si continûment œuvré à installer ce monde ignoble, à en chanter la supériorité et, partant, à en armer deux fois le légitime dégoût, que ce soient ceux-là qui viennent l’index tremblant et la morale en bandoulière mettre en demeure les électeurs de ne pas accomplir tout à fait les conséquences de ce qu’eux-mêmes ont préparé, sauf à ce que les malheureux en portent l’entière responsabilité. C’est que dans cette morale particulière de l’incendie, la responsabilité va exclusivement aux brûlés et jamais aux incendiaires.
Et comme le tableau doit être complet, que pas un détail dans l’obscénité ne doit manquer, voilà que ces derniers nous appellent à faire barrage aux effets en nous enjoignant de voter pour les causes – insultant au passage ceux à qui il reste un peu de logique, et qu’on reconnaît précisément à ce fait qu’avant d’en arriver là, eux avaient entrepris de s’en prendre aux causes. On pourra dire ce qu’on veut du candidat Mélenchon, mais on aura du mal à éviter de voir que pour la première fois il a ramené du vote populaire vers la gauche, et contesté efficacement le vote « jeunes » au FN. C’est donc à cette performance, première du genre depuis vingt ans, que le pharisaïsme de l’antifascisme, dont tout ce qu’il soutient par ailleurs en fait l’auxiliaire objectif de la fascisation du pays, vient faire procès « d’absence de consignes » ou « d’insuffisante netteté » – mais l’antifascisme en mots se reconnaît précisément à ce qu’il n’a rien tant en horreur que l’antifascisme en actes. Il y a comme ça des arrière-pensées qui peuvent difficilement se dire : « le FN, c’est horrible, mais quand même, c’est épatant ».
En réalité, le dérèglement est partout. Car on finit par se demander si certains à gauche, pourtant très prompts à l’inflammation morale antifasciste et à l’invocation des enseignements de l’histoire, ont vraiment pris au sérieux, entendons autrement qu’en mots, l’événement de 2002, et la nécessité qu’il ne connaisse aucune réplique. N’étant pas feignants ni de l’appel grandiloquent ni du vote utile – on en connaît qui, avec une prescience remarquable, appelaient dès février à ce que Mélenchon se retire en faveur de Hamon et déjà bien sûr « pour faire barrage au fascisme » (1)… – on aurait logiquement attendu que, disons sur le coup de début avril, ils appuyassent de tout leur renfort la candidature de gauche manifestement en position de dégager le FN du second tour. Étrangement, les appels sont restés en carafe – quand ils n’ont pas insinué au contraire –, pour ne claironner à nouveau qu’à partir du 24 avril. Et l’on admire toutes les géométries variables dont sont capables les haines idéologiques caparaçonnées de vertu.
Voter pour les possibilités stratégiques d’une présidence Macron ?
On en est là, et il s’agit maintenant de savoir quoi faire, en tout cas pour tous ceux qui ne recouvrent pas leur macronisme foncier, ou rampant, de moralisme édifiant malaxé de comparaisons historiques approximatives – pour la première fois de sa vie Le Monde se met en devoir de lire le Trotsky des années trente pour en faire un usage anachronique sans vergogne, doublé d’un dégoûtant brevet de moralité politique (2). Le Monde ! Enveloppé dans Trotsky ! Admirable vertu révélatrice des crises, qui exposent au grand jour tout ce dont certains sont capables. Pour tous les autres, donc, et une fois rappelée l’évidence, toujours bonne à redire, qu’en aucun cas les deux candidats ne pourraient être mis en équivalence, il reste à tout prendre deux arguments rationnels en balance — car il y a une situation politique autour de cette inéquivalence, qui justifie que la discussion ne s’arrête pas aussitôt.
Le premier argument part de la question stratégique qui demande dans quel état du monde les luttes sociales à venir trouvent leurs meilleures conditions. Au moins, de ce point de vue, c’est vite tranché. D’un côté le FN est comme un iceberg de merde dont on aurait vaguement blanchi la seule partie émergée. Parmi ceux à gauche qui se posent sérieusement la question du second tour – sérieusement s’entendant : autrement que sur le mode de l’injonction hystérique mêlée d’hypocrisie –, il n’en est pas un qui ne sous-estime la dangerosité de la chose, ni ce qu’il en coûtera aux plus exposés, dans les quartiers – à eux-mêmes également qui auront, dans la rue, à en affronter concrètement le risque : policier et judiciaire (quand ils « résistent », BHL pétitionne depuis Saint-Germain et Quatremer tweete des selfies dans une péniche).
D’un côté, donc, le FN, de l’autre Macron, qui est comme le candidat optimal pour la phase finale de la décomposition, dont il ne faut alors pas méconnaître les bonnes propriétés stratégiques objectives. C’est sans doute un propre des situations de grande crise que la nécessité historique trouve toujours les agents individuels qui lui conviennent pour s’accomplir. Ici particulièrement. Car Macron s’annonce comme l’accélérateur de tous les processus. Fabriqué par l’oligarchie comme réponse à la crise, il est le meilleur agent de l’approfondissement de la crise.
Tout ce qu’opacifiaient les habitudes et les pratiques institutionnelles de ce qu’on peut déjà qualifier par anticipation d’ancien régime, va devenir soudain – est déjà devenu – clair comme un lac de montagne. Il fallait un peu d’acuité (pas beaucoup…) pour apercevoir dans le débonnaire conseiller régional premier secrétaire Hollande le fondé de pouvoir du capital – qu’il est réellement, et depuis très longtemps en fait (3). Mais l’oligarchie, sans doute exaspérée par l’urgence d’un début de dislocation, n’a plus la patience du long travail de la mise en forme, et porte maintenant au pouvoir directement l’un des siens, propulsé sans intermédiaire ou presque d’un emploi dans un autre. Mis sur orbite avec pareil lancement, et comme l’indique déjà sa campagne du second tour, il vaut mieux ne pas s’attendre à quelque reprise de contention et, au point où nous en sommes, c’est tant mieux : tout va maintenant se montrer à nu.
" Lire aussi Pierre Rimbert, « Dans les cuisines du marché électoral », Le Monde diplomatique, mai 2017. "La prise du pouvoir en direct par le capital, sans plus aucun effort de médiation, son programme outrancièrement de classe, l’inféodation des médias sous contrôle des puissances d’argent : tous les masques vont tomber. Même la crise civilisationnelle, dont le corps social est profondément travaillé mais sans en avoir l’idée claire, va apparaître en pleine lumière, devenir comme une évidence, annoncée par la start-up nation, la managérialisation de la politique depuis le sommet d’un gouvernement de co-workers jusqu’à la base d’un parti de helpers. Et toute à son ravissement infra-culturel, la secte macronienne égocentrique – elle croit être « la France » alors que, par adhésion, elle ne représente en réalité que 10% de l’électorat (4) ! –, cette classe nuisible assistée de tous ses porte-voix, va nous régaler de sa philosophie d’open space, de son impayable sabir, de ses visions de la vie et de sa pensée positive. L’écœurement général, au milieu d’un irrépressible sentiment de grotesque, va connaître de foudroyants progrès. Et avec lui, comme toujours dans les périodes de crise, la conscience politique.
On peut donc au moins accorder à Macron son slogan : pour sûr, on est en marche ! Et même à grands pas. Tout promet d’aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite. Au sein de cette mauvaise nouvelle – car certaines catégories sociales vont salement ramasser –, il y en a donc une bonne : la grande accélération politique arrive. Nous entrons dans une période de hautes énergies, et les vrais points critiques se rapprochent à grande vitesse. C’est bien.
Et puis il faut aussi considérer ceci : Macron, c’est le naufrage définitif de la presse ancillaire. Libé, L’Obs, L’Express, au minimum : morts. Cinq ans dans les carrioles de la modernité start-up, du monde ouvert contre le repli, et de l’agilité pour tous, c’est plus que ces rafiots déjà à l’état d’épaves n’en pourront supporter. Le Monde en première ligne, comme le navire-amiral du macronisme. BFM plus odieuse que jamais. Avec la connexion pouvoir-oligarques-médias jetée en pleine lumière, et l’intégration organique des trois composantes du système devenant monstrueusement visible, c’est le rejet général qui va croître.
Toutes ces excellentes perspectives médiatiques font assurément partie de l’équation stratégique d’ensemble – nonobstant les glapissements de la corporation, scandalisée de voir son trépas inclus dans les motifs d’espérance, et qui proteste qu’avec elle c’est la démocratie qu’on assassine. Mais c’est là un sophisme pour cruchons du système. On va donc expliquer à ces esprits embrumés l’idée fort simple qui se tient derrière tout ça : c’est la menace sur la presse affranchie des pouvoirs qui est une mauvaise nouvelle démocratique ; la presse du capital sub-claquante, c’en est assurément une bonne ! Et doublement au demeurant car, du même mouvement, la disparition de la seconde libère l’espace pour la première. Or il faut bien voir que, pour la presse du capital, Le Pen élue, c’est la providence, le rétablissement inespéré. Toutes les semaines un appel contre la haine, un dossier « résistance », une terrine de BHL, un pâté de Glucksmann junior, hauts les cœurs contre le fascisme pour faire oublier par quoi il est arrivé. Et surtout les lecteurs, légitimement horrifiés par le régime, qui reviennent en masse, prêts à avaler n’importe quelle bouillie pour se consoler du désastre.
S’abstenir pour en finir avec la prise d’otages
Au critère des vertus stratégiques objectives, la supériorité d’un président Macron n’est même pas discutable. Ça n’en fait pas pour autant la raison suffisante d’un vote. C’est que voter répétitivement sous le régime de la prise d’otages commence à devenir un problème, auquel se plier n’offre aucune autre perspective que son éternelle reconduction. Pour « l’homme qui rit » la période est décidément faste, car on lit de tout à ce sujet. Thomas Piketty explique que non seulement il faut voter Macron mais le porter au plus haut pour qu’il soit « bien clair que ce n’est pas son programme qui a gagné (5) »…
Après l’immense réussite des primaires, l’engagement clairvoyant auprès du candidat Hamon au moment historique où le PS s’apprêtait à mettre la clé sous la porte, ou encore le parlement de l’euro dont nos amis allemands admettront l’évidence pour peu qu’on en discute raisonnablement avec eux, l’intelligence politique des intellectuels social-démocrates est toujours aussi éblouissante. Piketty, à qui on demande quel souvenir il a gardé du 21 avril 2002, a visiblement oublié qu’« ensevelir Chirac sous les bulletins de vote », le porter à 80% « pour qu’il soit bien clair etc. » était déjà le mot d’ordre du moment, dont toute la suite a prouvé la formidable efficacité.
Dans une veine similaire d’autres adjurent Macron de « parler à la gauche » – sans doute pour adoucir leur propre tourment électoral. Se rendent-ils compte de ce que ce mot d’ordre secondaire est rigoureusement contradictoire au mot d’ordre principal ? En appeler à l’« ensevelissement » du candidat Macron sous les bulletins ne constitue pas exactement l’incitation optimale pour obtenir de lui quelque « écoute ». Mais quand bien même Macron « parlerait à la gauche », qu’en recueillerait-elle à part des mots ? Il faut croire aux elfes ou à la fée Marjolaine pour imaginer qu’il en tiendra le moindre compte. Les institutions de la Ve sont ainsi faites que, dès le 8 mai, et comme jadis Chirac l’« enseveli », Macron, du haut de sa base réelle de 10 % d’inscrits, fera bonjour, ou même autre chose, à tous les autres qui se seront ajoutés pour faire les 60 % (d’exprimés) du second tour.
Il faut alors avoir le goût du paradoxe hasardeux pour imaginer déjouer la prise d’otages en y collaborant, et en fait la passion de la servitude pour se proposer ainsi de lui donner son emprise maximale – en assurant n’importe quel forcené libéral de passer dans un fauteuil, du moment qu’on aura réussi à lui mettre une Le Pen en face. Si la chose était réalisable – mais on sait bien qu’elle ne l’est pas puisqu’elle échappe à tout contrôle –, il faudrait plutôt souhaiter l’exact inverse : que Macron passe mais avec la plus décevante des marges – par le seul effet de l’abstention bien sûr et, pour Le Pen, à nombre de voix constant, si possible même en baisse. Si ce résultat « idéal » est en pratique une fiction, au moins exprime-t-il un idéal stratégique : desserrer la capture électorale. Car c’est bien là le seul moyen de faire sentir à ceux qui depuis 2002 jouent sans vergogne la prise d’otages qu’elle est à efficacité dangereusement décroissante, que la fois d’après le « pari sur du velours » pourrait très mal tourner, et que maintenant il va vraiment falloir en finir avec ces ignobles petits calculs.
Au vrai, l’usure du procédé est déjà constatable, ne serait-ce qu’au vu des sondages de second tour. Mais pas seulement : un historien se pose à lui-même la grave question de savoir « pourquoi la rue est amorphe ? » (6). Mais c’est vrai ça : pourquoi n’y a-t-il pas un million de personnes dans la rue cette fois-ci ? Et l’historien d’envisager les explications les plus académiques, sauf une qui pas un instant ne lui traverse l’esprit : il se pourrait que, depuis le temps, une bonne partie de la population commence à en avoir soupé de sa condition d’otage électoral et renâcle à ce qu’on lui demande, en plus de voter comme il faut, de la célébrer selon les rituels appropriés.
L’économie de la responsabilité remise sur ses pieds
Ceux qui ont décidé de ne pas se rendre sans autre forme de procès à l’injonction des fulminants n’ont donc aucune raison de se laisser culpabiliser – et, s’ils choisissent de s’abstenir, certainement pas celle, tout à fait sophistique, de « laisser les autres faire le sale boulot » (voir annexe). Aucune faute, ni politique ni encore moins morale, ne peut leur être imputée d’hésiter, de résister comme ils peuvent à ce nouveau spasme fusionnel dont le pays fait maintenant répétitivement l’expérience, et de chercher leurs voies hors d’un chantage politique qui a atteint le stade organisé. C’est donc peu dire au total que tout légitime leurs interrogations.
Il est d’abord illogique d’instituer le vote comme pratique atomisante, condamnant les individus à l’insignifiance microscopique, pour leur faire porter ensuite, séparément, la responsabilité d’un résultat macroscopique. Il l’est identiquement de les appeler à raisonner moralement comme s’ils étaient des « agents représentatifs », capables à eux seuls de faire le vote et de porter tout le poids du vote, alors qu’ils n’en portent qu’une part infinitésimale, et que leur désir de dépasser cette condition par l’action coordonnée ne trouvera jamais aucune réponse dans l’isoloir (voir annexe).
Il est par contre légitime de poser stratégiquement le refus de la prise d’otages. Même à un esprit modérément sophistiqué, il doit apparaître que plier répétitivement au chantage, voire exprimer avec entrain son « devoir » d’y plier, n’est pas le meilleur moyen de le dissuader pour l’avenir. Mais peut-être s’agit-il d’une situation où certains ont de troubles raisons de se trouver bien.
Il est en tout cas politiquement honteux que ceux qui ont contribué de toutes leurs forces à structurer un choix de second tour aussi calamiteux se défaussent du résultat, s’il tournait mal, sur ceux qui auront été jetés dans cette situation désastreuse. Les vrais responsables, quoi qu’il arrive, ce seront les architectes du choix à une case, ceux-là mêmes qui après le 21 avril 2002 avaient prononcé de solennels « plus jamais ça », mais se sont parfaitement accommodés, quand ils n’y ont pas activement œuvré, de voir s’installer le chantage originaire en routine, c’est-à-dire comme l’hypothèse avantageuse de toute stratégie électorale future.
Au tribunal de l’histoire, ce ne sont pas les abstentionnistes qui comparaîtront : ce seront tous ceux qui, en position de peser sur le cours des choses, ont délibérément agencé le paysage des différences pour n’y admettre que l’innommable fonctionnel du FN, ceux à qui a été répétitivement expliqué, exhibé, démontré la causalité irréfragable, confirmée dans bien d’autres pays, entre politiques néolibérales, délabrement social et pathologies politiques, et qui n’auront rien voulu entendre. Et puis aussi les directeurs éditoriaux du Point, de L’Express ou de Marianne, dont les innombrables couvertures islamophobes déguisées (ou même pas) en combat pour la laïcité, se seront fait un devoir d’exciter la pulsion raciste dans tout le pays, assistés de leurs intellectuels répandus. Tous auront pris plus que leur part dans la fonctionnalité globale du dispositif : amener le FN à son niveau optimal, celui qui lui fait passer le premier tour, mais censément lui interdit de franchir le second – sauf si…
Sauf si l’électorat, condamné à l’archi-passivité, décide un matin de recouvrer brutalement sa capacité d’agir, mais alors dans des conditions où l’on est par construction certain qu’elle se manifestera pour le pire – puisque la seule alternative aménagée est celle du pire. C’est avec ce risque, dont elle est pourtant avertie depuis 2002, dont elle a vu à nouveau la matérialisation avec le TCE en 2005, avec le Brexit, et puis avec Trump, c’est avec ce risque qu’aura joué, entre folie et aveuglement, une classe élitaire qui s’est d’ores et déjà ménagé sa place dans l’histoire – mais pas exactement celle qu’elle croit. Admirables « élites » qui, s’efforçant de pousser le bouchon toujours plus loin, jouent à la roulette russe mais avec la tempe des autres.
Pendant ce temps, à stade égal de désespérance, abstentionnistes et malgré-nous du macronisme se sautent mutuellement à la gorge, sans jamais songer (enfin surtout les seconds) à se tourner vers ceux qui, au dessus d’eux, ont aménagé le terrain de leur empoignade, pour ensuite jeter tout ce qu’il faut d’huile sur le feu — exactement comme les pauvres s’en prennent aux encore-plus-pauvres, ce conflit engendré du néolibéralisme qui fait la joie du Front National. Passé ce scrutin pestilentiel, il faudra bien songer à s’interroger à propos des irresponsables « responsables » qui installent pareilles catastrophes, dont ils croient pouvoir ensuite se laver les mains. Quel que soit le résultat du 7 mai, celui-ci leur appartiendra et à eux seuls, comme le résultat d’une nécessité appartient à ceux qui ont armé la nécessité.
« Les abstentionnistes laissent les autres faire le sale boulot », ou l’anti-politique de l’isoloir
Assurément c’est l’argument qui tient la corde dans la chasse à l’abstentionniste : il se réjouira in petto que Le Pen ne passe pas mais pourra clamer post festum ne s’être « pas sali les mains ». Bref il se défausse du devoir de barrage sur les autres.
Un philosophe kantien qui passerait par-là ne manquerait pas d’évoquer l’impératif catégorique : une règle de comportement ne vaut comme maxime morale que si elle peut être universalisée. Or à l’évidence, l’abstentionniste escompte que les autres agiront différemment. Son choix individuel ne peut donc être converti en règle générale.
L’argument n’a pourtant rien d’irrésistible. D’abord parce qu’il s’agit ici de politique et non pas de morale. Or la politique n’est pas une affaire de maxime universalisable mais de conflits, donc de fragmentation et de rapports de force. Il est assez évident que l’argument de l’abstention ne s’adresse pas à tout le monde. Il ne fait sens (politique) que pour une fraction déterminée de l’électorat : de gauche, celle précisément qu’on tente de réduire à merci – au passage on observera que nul ne se met en peine d’obtenir des serments ou des abjurations de l’électorat filloniste, dont le taux probable de report sur le FN est pourtant le plus important et auquel on fout néanmoins une paix royale.
L’objection du free riding (« laisser les autres faire le sale boulot ») ne tiendrait que si la position abstentionniste se voulait universalisable. Mais, proposition politique adressée, elle n’y prétend en rien. C’est alors ici que s’éclaire du même coup une aporie fondamentale du vote.
Si Sartre déclarait l’élection « piège à cons », c’est parce qu’il voyait combien la politique, pratique fondamentalement collective, se trouve immanquablement dégradée quand elle se donne l’expression atomistique du vote. La politique se fait ensemble, le vote chacun par devers soi. Et l’on ne passe pas de l’un à l’autre sans solution de continuité. Mais la puissance de la politique comme activité collective est telle qu’elle cherche à toute force à réinvestir l’atomistique du vote : la pratique individuelle du « vote utile » ou les logiques spéculaires (c’est-à-dire le fait de stratégiser son propre vote en fonction du vote anticipé des autres) sont autant de tentatives de recréer de l’action coordonnée (donc du collectif) là où, par construction, n’existe aucune instance de coordination. De même, suggérer que l’abstentionniste « laisse les autres faire le sale boulot », c’est réintroduire subrepticement la grammaire de la coordination collective dans l’univers atomistique du vote, précisément agencé pour qu’elle en soit absente… c’est-à-dire objecter à un comportement individuel par un argument de logique collective dans un univers d’où cette logique est exclue et où, par le fait, les agents n’en ont aucun moyen. On peut le dire maintenant : c’est la même raison qui condamnait au statut de fiction l’idée de « faire élire Macron avec la plus décevante des marges ». Les deux idées sont d’ailleurs l’envers l’une de l’autre.
Le vote utile, comme symétriquement l’abstention stratégique, ce sont les tentatives désespérées d’un électeur de refaire de la politique (collective) dans l’univers anti-politique (atomistique) du vote – c’est-à-dire de faire face à l’absence d’instance coordinatrice… dans la situation où les aspirations individuelles à la coordination sont les plus impérieuses. Pas seulement parce que l’essence même de la politique, mutilée par le vote, c’est le collectif. Mais aussi parce que cette aspiration procède du désir de voir son vote accéder au seul moyen de peser : par inclusion dans une formation collective, quand, isolément, il n’est qu’une contribution infinitésimale, quasi-nulle, au résultat macroscopique. Chacun s’est dit au moins une fois que l’absence de son vote « n’aurait rien changé », et c’est vrai ! – quoique cet énoncé vrai au niveau individuel devienne faux par passage au niveau collectif, mais ça n’est là qu’un autre énoncé du problème même dont il est question ici.
Car en effet, pour peser vraiment, et contrebattre l’insignifiance qui frappe le vote individuel, il faudrait pouvoir trouver un lieu pré-électoral où se coordonner (à l’image, par exemple, des groupes à l’Assemblée nationale, qui coordonnent des votes collectifs, donc des votes qui pèsent). Mais précisément, pour l’électeur ordinaire, un tel lieu n’existe pas. A sa place, on a mis le fatal isoloir. Hors de toute possibilité d’action concertée ex ante, on ne sait qu’ex post si « on » a pesé et de combien – quoique en réalité ce « on » soit un pur artefact.
En tout cas, aussi bien le vote utile que l’abstention stratégique, comme également l’objection du free riding (« laisser faire le boulot… »), sont toutes rigoureusement équivalentes sous ce rapport : toutes expriment, sous des aspects différents, le même problème. Aussi celui qui veut dénigrer l’une depuis la position de l’autre est-il aussitôt frappé d’incohérence – et spécialement le moraliste : « laisser les autres faire le sale boulot », c’est l’injonction de se soumettre à une logique de la coordination que le vote exclut par construction.
Frédéric Lordon
#Macron donné gagnant à seulement 60% face à #LePen => c'est le pronostic depuis Janvier 2016 !!! Hé les connards C à cause de #Mélenchon ?
41% des électeurs de #Fillon envisagent de voter #Macron mais 26% disent qu'ils voteront #LePen. Un responsable a été désigné : #Mélenchon 🙃