Monthly Shaarli
October, 2026
En marge de la mobilisation du 17 octobre, un homme a été gravement blessé à l’œil à Strasbourg (Bas-Rhin) par un LBD tiré par un CRS. Deux étudiants qui ont assisté à la scène racontent leur effroi.
La France insoumise "tient une grande part de responsabilité dans le discours de haine", assure le président du Sénat, dans les colonnes du "Figaro".
Prison ferme pour une figure de l'ultra droite marseillaise prévenue par un ami policier d'un contrôle de l'Urssaf
Discover-Tech’s Controlium software lets clients mass-profile internet users then covertly hack targets, say researchers at University of Toronto
Ça y est, j’ai vu « Naza », à la dernière séance, grâce à une amie qui a acheté mon billet à midi. Pour la suite, il faudra attendre sa diffusion sur les plateformes.
Alors ? D’abord et avant tout, c’est très dur, et comme « Shoah » il faut réfléchir avant de le visionner et se demander avec qui, à quelle heure... Car on en sort pétrifié devant la facilité avec laquelle des individus ordinaires, en fait particulièrement qualifiés, ont accepté de se transformer en assassins de masse. Je suis sorti avant-dernier, un jeune homme restait effondré, secoué de sanglots, il n’arrivait pas à se lever, malgré les efforts de sa famille (possiblement juive).
Le choc est terrible , non pas à cause des dernières dizaines de secondes livrant enfin une image du « résultat » (la video déjà célèbre, pour ceux et celles du moins qui voulaient ben voir, qui n’achetaient pas l’obscène accusation de « Pallywood ») d’un père hurlant le nom de son amour, le nom de ses enfants, , en se glissant entre les blocs de béton avec ce bouleversant reproche, injustice désespérée, au cadavre de son petit garçon « Je t’avais bien dit de veiller sur ta sœur ! »
On sort en larmes, non, pas de la « pornographie du génocide », mais de l’audition de la vingtaine de ces soldats-techniciens qui, pendant une heure, dans la nuit, sur un toit de Tel-Aviv, racontent comment, avec l’aide de l’IA, ils ont tué en masse des « Naza »( sigle de « dommage collatéraux »), parce que, pour tuer des cibles (les 40000 militants du Hamas) il est plus efficace de les tuer le soir, quand ils rentrent dans leur famille, que sur le front. Puis : détruire une à une les maisons, (« en 8 minutes !»), les immeubles de Gaza, même encore habité à 25 % selon l’IA, pour que les habitants « ne reviennent jamais ». Puis comment on abat des enfants (ou adultes) qui courent à coté dans les files d’attente de la nourriture , pour leur apprendre à respecter le règlement dicté par l’occupant.
« Vous en avez tué vous-même ? - Oui, beaucoup. - Des centaines ? – Mais non, des milliers ! ». Plusieurs de ces soldats soulignent le plaisir « hormonal » de tuer, tuer , tuer comme sur un jeu video (ils tuent tous à travers une console d’ordinateur), il fallait donc bien, en quelque secondes finales, montrer « le réel » , les ruines et les morts : les Naza.
Dès la première minute, ce sigle nous est présenté comme une clé de ce qui a permis la déshumanisation des victimes, et par contre-coup des bourreaux. On est loin de l’ignoble critique qu’en a fait la rabbine Horvilleur, cf mon billet du 29 septembre. Naza, c’est un coefficient de civils tués calculés parl’IA pour déterminer les frappes « légitems « de l’armée la plus morale du monde » : 20 Naza pour un milicien ordinaire du Hamas, jusqu’à 500 pour un cadre supérieur. « Mais alors cela signifie que vous êtes autorisés à tuer ppratiquement tout Gaza ? – Oui [geste embarrassé]. »
Car cette équipe de techniciens sait tout de tous les Gazaouis (« on est comme Dieu ») , de ceux qui du moins utilise un téléphone. « Nos «cibles », ce sont les téléphones. On sait les ouvrir à distance, on entend les conversations, la télé, les bébés pleurer, et quand la petite fille appelle « Maman, finis tes course, Papa est déjà rentré » , bing, on détruit l’immeuble - Et la présence du bébé, de la petite fille ne vous dérange pas ? – Non. Jamais, ce sont des Naza, quel que soit leur âge ».
Ils ont mis 6 mois à cartographier tout Gaza, d’après les communications téléphoniques, et l’iA en a déduit qui étaient les cibles Hamas potentielles. Il arrive qu’une famille élargie soit anéantie, simplement pour un « faux positif » : l’IA a pensé que le père était Hamas, mais non. Les officiers admettent 15 % de faux positifs (au-delà , ils se plaignent au fabricant de la plateforme Levander ? )
Ce couple de mots-code « téléphones portables/Naza » (à la place de "combattant du Hamas/civils autour d lui ") étant acquis pour déshumaniser les victimes, quid de la déshumanisation des bourreaux ? On s’attend à retrouver les discours justificatifs classiques des Einsatzgruppen, les officiers de la « Shoah par balles » (cf "Croire et détruire » de C. Ingrao) ou leurs exécutants de base (cf « Des hommes ordinaires » de C. Browning). C’est le cas, avec les inévitables et imparables « J’ai beoucoup travaillé pour entrer dans ce corps d’élite... Si ce n’était pas moi à ce poste, ç’en aurait été un autre... »
Mais avec de sérieuses différences. La première est évidemment qu’il y avait un horrible prétexte réel (contrairement à la Shoah aux prétextes imaginaires) : le 7 octobre, prolongé par la question des otages : « Au début tout le monde pensait « il n’y a pas de Palestiniens innocents. Il fallait y aller pour détruire le Hamas et libérer les otages. On trépignait de joie à chaque cible atteinte : mission accomplie ! » Mais cette « justification » s’est effacée avec le discours de Netanyahou et de la droite, privilégiant la destruction de Gaza sur la libération des otages. Ensuite...
Ensuite ? On distingue 3 attitudes dans les 23 militaire interviewés (maie le producteur , The Guardian, en a d’autres sous le coude) : les bravaches, les troublés, les repentants. Tous ont accepté de témoigner, tous savent que cela va nuire à Tsahal, du coup il est difficile d’interpréter les « bravaches » : ils ne sont quand même pas venus clandestinement pour défendre « leur armée » ? Ce sont eux qui décrivent le mieux l’excitation du « jeu video », et, titillés par le réalisateur, répondent superbement : « on a fait ce que la société israélienne attendait de nous ».
Les « ébranlés » insistent sur le « comment on s’est fait avoir », avec ces mots codes « téléphones/NAZA. » Ils sont en ce sens les plus intéressants. Ils racontent que depuis un poste avancé dans Gaza ils avaient ordre d’abattre toute personne s’aventurant dans « leur zone » : enfants revenant on ne sait pourquoi (retrouver un jouet, un doudou ?) , familles venant rechercher quelques nippes. Tous étaient abattus. « Vous ramassiez les morts ? – Non, les chiens venaient les manger. Certains de mes camarades supportaient ce spectacle, moi pas ».
Et puis il y a les « repentants », ceux qui tirent déjà la leçon pour l’Histoire du genre humain : « Bien sûr que c’est un génocide... Je suis allé en Pologne... Pour moi les Allemands étaient des monstres, le Man absolu, je ne comprenais pas comment des hommes avaient pu faire ça. Maintenant j’ai fait pareil, et je m’en veux de ne pas l’avoir compris plus tôt ».
Un de ces ébranlés, particulièrement écœuré par la masse d’enfants volontairement tués en une seule frappe, sort fumer une clope avec son officier : « Qu’est ce que vous en pensez ? - Mon garçon il faut faire confiance au systeme ! » « Et je suis un rouage du systéme » conclut-il amèrement. Voilà la grande différence avec le justificatif des Einsatzgruppen.On ne dit plus « Les ordres sont les ordres je ne suis qu’un exécutant ». On est « juste un technicien, un rouage d’un système, pour l’essentiel informatique qui comprend : le piratage des téléphones ; leur synthèse par l’IA, avec évaluation pour chaque portable de la probabilité d’appartenance à un Hamas, et du rapport « nombre de Naza par télephone-cible », puis décision de frapper (d’un officier humain, pour le moment, mais la polémique entre Trump et Anthropics suggére qu'il ne faudra pas attendre longtemps pour qu'elle soit automatisée, pour raccourcir les délais), étude de l’angle d’attaque du drone, mise à feu. Le tout vu depuis une console d’ordi.
Du point de vue da la morale subjective (de sa sensibilité au Mal) l’exécutant du système est à mi-distance du pilote de bombardier rasant Hambourg en se faufilant à travers la DCA (c’est moins clair dans le cas de Dresde, plus du tout pour le pilote de l’Enona Gay lançant la bombe sur Hiroshima) et le policier du Bataillon 101 qui abat les juifs un par un d’une balle dans la nuque et dont le problème est de pas être trop éclaboussé par les morceaux de cervelle. Car, sur son écran, le « technicien » de Tsahal est "mis à distance", mais il voit ou entend la vie de la famille qu’il va anéantir : les pleurs du bébé, la petite fille qui involontairement trahit son père (et se condamne elle-même avec toute sa famille) en signalant qu’il est rentré...
Autre similitude et différence : la croyance qu’on ne les tuera pas tous, mais qu’on les chasse. Ce fut en effet le maquillage, mais pas seulement un maquillage, de l’enfermement des juifs de l’Est dans des ghettos et de la déportation des juifs de l’Ouest vers la Pologne, sans que soit jamais posée la question « et ensuite, pour les envoyer où ? » Quand les Gauleiters de Pologne ont clamé que le « Gouvernorat général » de l’Est était saturé de juifs , et que la Shoah par balle rendait fous ses exécutants, la conférence de Wansee a décidé la solution finale : les tuer en les gazant.
Et pour les Gazaoui ? D’abord les entasser dans le minuscule sud-ouest de Gaza, en rasant le nord et la frontière est. Et ensuite ? Vers un partage des réfugiés organisé dans une quelconque conférence à la Evian 1938 (échec complet) ? La question ne sera pas posée dans ce documentaire magnifique, dont ce n’est pas l’objet : seulement une « croyance justificative ». Seul un « repenti » tire la conclusion : le but est de les tuer tous, « et il fallait faire vite, avant la réaction de la communauté internationale »
MAIS BON : IL N’Y A AUCUNE CHAMBRE À GAZ israélienne à Gaza. Le génocide des Gazaouis ressemble plutôt à celui des ghettos, ou mieux : au génocide roumain, en les laissant mourir de faim dans un no man’s land, en Bessarabie.
Dernier mot : ce film est un très bel objet cinématographique, une véritable invention, comme l’était « Shoah » auquel il ressemble... en beaucoup moins long !
En trois ans, l’Etat a déjà prélevé 12 milliards d’euros de l’Unédic qui comptait sur ces nouvelles recettes pour réduire son lourd endettement, prévu pour atteindre 61,5 milliards d’euros à la fin de 2026.
Social - Signez la pétition : Soutien parental aux revendications légitimes de nos enfants lycéennes et lycéens
Une vidéo, que franceinfo a pu retrouver, montre un véhicule qui accélère au milieu d'un groupe de manifestants, qui s'écartent avant de le poursuivre. Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, affirme que la conductrice était "une policière".
«Absence de retenue», «fierté» de mutiler et «présomption de légitime défense» votée cet été : le régime ne recule devant rien.
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Blast publie le film des coulisses de l’interpellation surréaliste de l’humoriste au plat pays. On y voit également une jeune femme se faire molester et projeter violemment à terre par un policier cagoulé. Les faits se sont produits à Liège, la nuit de…
## La procureure de Paris contredit le gouvernement
« *Ce n'est absolument pas ce que je peux confirmer.* » La phrase résonne très fort.
Invitée de TF1 lundi 19 octobre au matin, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a assuré qu'elle ne pouvait « absolument pas confirmer » que les auteurs de violences qui ont eu lieu à Paris samedi 17 octobre sont « des personnes politisées vers l'ultragauche ». Soit l'exact inverse de ce que martèlent depuis deux jours les principaux membres du gouvernement.
Les personnes placées en garde à vue sont « en grande majorité des gens peu connus », elles « gardent le silence et ne donnent pas de revendications politiques », a également souligné la magistrate, précisant toutefois que « tous les gens qui ont malheureusement commis des dégradations n'ont pas tous été interpellés ».
## Le gouvernement maintient le cap
Mis en cause pour avoir sous-estimé la mobilisation de ce week-end et sous-dimensionné les effectifs de police, le gouvernement ne cesse pourtant de répéter l'inverse. Quelques heures à peine après cette prudence émise par la procureure de Paris, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a de nouveau accusé le « mouvement de l'ultragauche » de vouloir « organiser un désordre […] profond dans le pays jusqu'à l'élection présidentielle ».
Dans chacune de ses sorties depuis le début de la mobilisation lycéenne, le pouvoir exécutif ne cesse de mettre en cause « l'ultragauche », mais aussi La France insoumise (LFI) et ses élu·es. « *La participation d'élus LFI à ces mouvements est irresponsable* », attaquait le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, le 28 septembre. « *Quand allez-vous rendre des comptes sur le fait que vous vous rendez sur les barrages lycéens pour les inciter à commettre des violences ?* », a-t-il encore demandé aux insoumis·es le 5 octobre.
Depuis ce week-end et les centaines de magasins pillés, les bâtiments publics incendiés et les violences commises, ces attaques sont plus intenses et les accusations bien plus précises. « *Ce qui est certain, c'est qu'on a repéré partout sur le territoire national énormément de militants de l'ultragauche*, a affirmé le ministre de l'intérieur dès samedi soir. *Il y avait des anarchos autonomes, des antifas, des mouvements de l'extrême gauche radicale, des syndicats étudiants qui n'hésitent pas à parfois faire le coup de poing.* »
Interrogé sur les déclarations de la procureure de Paris, le locataire de la place Beauvau maintient sa version. « Laure Beccuau s'exprime dans le cadre judiciaire, indique-t-on à Mediapart. Nous avons toujours dit que la plupart des interpellés se sont agrégés aux militants d'ultragauche, identifiés par les services de renseignement. Les ultragauches, qui ont l'habitude de ces types d'événements, ont évité de se faire interpeller. »
Une version reprise par le ministre de la justice, Gérald Darmanin, qui a estimé sur France 2 que « les factieux d'ultragauche qui vont vouloir déstabiliser les institutions » sont l'une des menaces principales de la France. « Le renseignement français est au top contre le terrorisme islamiste […], il est fort contre la criminalité organisée, il est important contre les ingérences étrangères, mais manifestement il ne sait pas lutter correctement contre l'ultragauche », a complété le garde des Sceaux.
## Des accusations contredites par le terrain
Selon nos informations pourtant, ces accusations d'interférences politiques sont contestées jusqu'au sein même des services de renseignement. Dans des échanges écrits datés du 18 octobre et consultés par Mediapart, un commissaire du renseignement territorial (RT) n'en revient pas : « *Il y a des choses indicibles, mais quand on nous demande texto d'écrire que c'est LFI qui est derrière le mouvement alors que c'est objectivement faux de l'avis général des RT, forcément on a des décisions politiques* », déplore-t-il auprès de ses collègues. Interrogé sur ce point précis, le ministère de l'intérieur dément avoir donné des consignes en ce sens.
Auprès de Mediapart, un responsable national d'une organisation syndicale de police s'étonne aussi des déclarations du premier ministre visant à défendre les forces de l'ordre. « Toute la journée, ils ont dû faire face à une ultragauche particulièrement violente avec une nébuleuse très organisée qui méthodiquement a voulu s'en prendre aux biens, aux personnes mais aussi aux institutions de la République », affirmait Sébastien Lecornu le soir du 17 octobre.
Il ciblait ensuite directement le parti de Jean-Luc Mélenchon et la présence dans ses rangs du député Raphaël Arnault, l'ex-patron de la Jeune Garde. « Il y a une nébuleuse d'extrême gauche dans laquelle La France insoumise occupe une place importante et dans laquelle il y a des gens, des groupuscules qui sont clairement dans un agenda de violence. »
« *J'ai été très étonné par ces accusations concernant LFI qui serait responsable du chaos de samedi et des saccages* », poursuit le responsable syndical. « Je ne vois pas ce qu'a à voir LFI dans l'histoire de ce fiasco, déplore-t-il. C'est dangereux de politiser ainsi un échec aussi grossier et surtout de ne pas en assumer l'entière responsabilité. Pourtant, je ne porte pas LFI dans mon cœur compte tenu des attaques incessantes contre les policiers. » Par ailleurs, selon lui, « l'ultragauche est minoritaire : elle représenterait, selon les remontées du terrain et des renseignements, 20 %, et le reste, les 80 % sont des pilleurs sans qu'on pose d'appartenance politique à ces délinquants ».
## Une note de renseignement fragiles
Le 15 octobre, une note de renseignement publiée en amont de la journée du 17 et consultée par Mediapart insistait bien sur la présence de « l'ultragauche » qui tenterait de « capitaliser sur la colère lycéenne pour créer un mouvement qui mobiliserait largement » et nommait plusieurs responsables politiques tels que Fabien Roussel, Marine Tondelier ou Jean-Luc Mélenchon.
Mais pour étayer cette note, les services listaient une simple recherche en source ouverte. « La France insoumise affirme un peu plus encore aujourd'hui son soutien aux mobilisations du 17 octobre en annonçant sur le site du parti la présence de ses élus, parlementaires nationaux et européens, peut-on lire notamment. Invitée à se positionner, Marine Tondelier a annoncé hier sur le plateau de BFMTV qu'elle participerait à la mobilisation du 17 octobre. »
Quant à « l'ultragauche », elle « dispose d'une "masse de manœuvre" de 5 000 militants en France, en mesure de structurer et d'entraîner des actions offensives visant les symboles de l'État, du capitalisme, du complexe militaro-industriel », rappelait aussi la note. Un nombre stable depuis des années selon les estimations des services, sans qu'ils n'aient établi de lien formel avec la mobilisation des dernières semaines.
## Une note contestée
D'après Intelligence Online, la Direction nationale du renseignement territorial (DNRT) n'a par ailleurs cessé depuis de longs mois « d'alerter l'exécutif sur un embrasement à venir ». Selon plusieurs « interlocuteurs » du chef de la DNRT, Bertrand Chamoulaud, ce dernier répétait à l'envi que le mouvement des Gilets jaunes allait refaire surface, dans une forme différente et potentiellement plus violente.
Depuis le début du mouvement lycéen, c'est la même petite musique gouvernementale : les jeunes seraient manipulé·es par LFI et « ses proxys de l'ultragauche », selon les mots de Sébastien Lecornu.
Pour lancer ces accusations, le premier ministre s'est ainsi appuyé sur une note, contestée depuis, de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), datée du 28 septembre et révélée par Le Monde. « Si le service de renseignement voit la mainmise d'une extrême gauche capable de piloter les blocages, la démonstration faite semble plutôt illustrer une volonté de certaines organisations politiques ou syndicales de surfer sur un mouvement lycéen particulièrement éclaté et spontané, et donc difficile à contrôler », nuançait le quotidien.
S'appuyant sur la situation d'une vingtaine de lycées de Seine-Saint-Denis, alors que plus de 1 000 établissements étaient concernés par le mouvement social dans toute la France, les services concluaient un peu rapidement à une responsabilité tout entière de l'extrême gauche.
« Cette note n'a aucune force de renseignement, abonde auprès de Mediapart un ancien commissaire de la sécurité publique. Le gouvernement est obsédé à vouloir bâcher LFI et attaquer l'extrême gauche et a mobilisé beaucoup de services de police pour écrire ces torchons. » « On connaît le responsable, tout est de la faute de LFI. Je ne suis ni adhérent ni électeur de ce mouvement, mais il ne faut quand même pas déconner », abonde encore un major de police en poste en sécurité publique en Occitanie.
## Sur le terrain, même constat
La confusion entretenue par l'exécutif entre « l'ultragauche » et LFI interroge aussi certains préfets. « Il y avait des activistes d'ultragauche dans les mobilisations de samedi, mais ce n'était pas une majorité, estime l'un d'entre eux. Les casseurs, ça reste des gosses. S'ils en sont là, c'est qu'on a raté un paquet de trucs avant. Sauf à ce que nos gamins aient massivement basculé à l'ultragauche, mais je ne pense pas… » Et d'ajouter : « Pour moi, pointer la responsabilité de LFI n'est pas le bon cadrage pour le gouvernement. »
Même dans les villes victimes de nombreux pillages et violences urbaines, les élu·es partagent ce constat. « Ce n'est pas LFI qui est allée casser ce week-end à Paris comme l'a répété le maire [Emmanuel Grégoire, sur France Inter, lundi 19 octobre], et on ne peut pas le soupçonner de vouloir épargner LFI alors qu'il a refusé de s'allier avec eux pour les municipales, lâche un élu de la ville de Paris. La seule question qui vaille aujourd'hui c'est : pourquoi il n'y avait pas d'effectif de police suffisant dans la capitale ce week-end ? »
Même constat à Marseille, où est élu le député insoumis Manuel Bompard. « À part faire des photos, LFI n'est pas suffisamment organisée dans la ville pour orchestrer quoi que ce soit, lâche un maire de secteur. En l'occurrence, je pense que LFI a été la première débordée. »
## Un schéma récurrent
C'est une constance sous Emmanuel Macron de dénoncer une politisation de la contestation sociale qui ne correspond pas à la réalité. En 2019, Mediapart avait révélé au plus fort de la crise des Gilets jaunes que le président de la République était contredit par ses propres services de renseignement.
Le chef de l'État avait évoqué fin janvier 2019 « 40 000 à 50 000 militants ultras qui veulent la destruction des institutions » dans les défilés de « Gilets jaunes ». Mais ses propres services dressaient au même moment un constat inverse. Les mouvances qualifiées d'« ultradroite » et d'« ultragauche » étaient « quasi inexistantes au sein des cortèges », pouvait-on lire dans des notes adressées… au président de la République et au ministre de l'intérieur de l'époque.
Même au plus fort de leur mobilisation les premières semaines du mouvement, les services ne comptaient que « quelques centaines d'individus » relevant des deux mouvances. On était déjà loin du contingent de « 40 à 50 000 individus » évoqué par le chef de l'État.
À l'époque, le renseignement territorial avait alerté en amont sur les risques, tels que la colère liée au passage à une vitesse maximale de 80 km/heure sur certains axes routiers, ou au sentiment de déclassement d'une population pas spécialement politisée. Déjà, l'exécutif ne l'avait pas écouté.
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*Auteur·ices : Pauline Graulle, Pascale Pascariello, David Perrotin, Camille Polloni, Ellen Salvi et Matthieu Suc*
En marge des mobilisations des lycées, de nombreuses violences sont dénoncées partout en France, notamment de la part des forces de l'ordre. À Bayonne, Hegoa, lycéenne, a dû être hospitalisée. Elle dit s'être fait poursuivre,...
Après trois heures de travaux et de débats sur le nouveau règlement intérieur du conseil municipal, les trois groupes d'opposition ont quitté l'hémicycle
Silenciation.
Attaché : 1 image
Police et médias, main dans la main.
À chaque mouvement social, c'est la même entreprise de déstabilisation visant à discréditer les oppositions et préparer les prochaines destructions sociales.
#Lycéens #lycées #Blocage #ViolencesPolicières
Site de désintox destiné à démasquer le RN à partir de sources vérifiées. Notre principe : les faits, rien que les faits.
Découvrez L'éditorial de Stéphane Sahuc « Contribution exceptionnelle sur les profits : le chantage du patron milliardaire de CMA CGM, Rodolphe Saadé » dans l'Humanité du 30 septembre 2026
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Music industry group IFPI has asked the EU to add the open source YouTube download tool yt-dlp to its Counterfeit and Piracy Watch List.
Pour que leur mobilisation pour l’école et leur avenir ne les poursuive pas pendant des années, nous demandons l’amnistie des lycéen·nes.
Dans un entretien au « Monde », le chercheur revient sur les nombreuses falsifications historiques auxquelles se livre l’extrême droite. Il vient de codiriger l’ouvrage « Les Faussaires de la nation », dans lequel une cinquantaine d’historiens proposent des arguments et des récits à opposer à ces « mensonges ».
Cécile, 31 ans, dénonce des attouchements qu’elle aurait subis de la part d’un policier alors qu’elle participait à une chaîne humaine devant le lycée Hélène-Boucher.
La communication par le parquet, vendredi, des premiers éléments de l’enquête a poussé à réagir l’avocate du lycéen mutilé lundi à Lens, après l’explosion d’une grenade assourdissante lors d’une manifestation. Me Bouquet-Wattez conteste le scénario dans lequel son client se serait saisi de la grenade avant son explosion.
Affecté dans l’Hérault après une grave blessure, Romain Boyer, ancien gendarme de 28 ans, a déposé plainte contre sa hiérarchie, dénonçant des mois d’humiliations, de pressions, de violences physiques et psychologiques de sa hiérarchie.
Des vidéos prises le 5 octobre, lors de la manifestation des élèves du lycée Paul-Langevin, à Beauvais (Oise), montrent des policiers prendre violemment à partie deux professeurs. Ses derniers ont déposé plainte, tandis que la préfecture assure que des sommations ont été faites.
Benjamin Davis appealing against dismissal from FAO, after being accused by director general of playing ‘political games’
L’eurodéputée s’est entretenue au téléphone avec Adrien J., l’homme armé qui l’a menacée sur les réseaux sociaux, et contre lequel elle porte plainte. Ce dernier regretterait son geste.
Les jeunes mobilisés ont « toujours été un laboratoire des violences policières », analyse Pierre Douillard-Lefèvre, qui a lui-même perdu un œil à cause d’un tir de LBD à 16 ans. Selon le chercheur, une « politique néofasciste » est désormais appliquée face à la jeunesse.
Une petite série d’amendements du MEDEF ont mis en lumière sa vision : protéger les victimes de violences sexuelles, mais à moindre coût.
La cheffe des députés La France insoumise, Mathilde Panot, dénonce une "manière d'intimider" les lycéens, pour les démobiliser, alors que plus de 5 000 personnes ont été interpellées et placées en garde à vue dans le cadre du mouvement lycéen.
Chercheur en sciences sociales mutilé par la police en 2007, Pierre Douillard-Lefèvre travaille notamment sur la militarisation du maintien de l’ordre. Il alerte sur la « violence inouïe » de la police contre la jeunesse mobilisée.
Le ministre de l’Intérieur s’est opposé à la création des unités spécialisées, dédiées à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Avec la complicité de certains députés.
Le gouvernement doit en finir avec la répression et livrer une réponse politique à ceux et celles qui se mobilisent pour exiger un avenir qu’on leur confisque, lance la secrétaire générale de la CGT dans une tribune à «Libération».
Ils voulaient le bac. On leur a envoyé la BAC.
Depuis la mi-septembre, plus de 1 000 lycées touchés en France. Plus de 5 000 interpellations en cinq jours, dont près de 9 sur 10 sont des mineurs. Et depuis le 1er octobre, ça a passé la frontière française.
Sur les plateaux, on vous parle d'émeutes et de gamins manipulés. Dans cette vidéo, on regarde ce que la télé ne montre pas : ce qu'ils réclament vraiment, l'état réel de leurs lycées, où est passé l'argent, pourquoi c'est la jeunesse qui se lève, et pourquoi le pouvoir a aussi peur d'elle. On finit sur de l'espoir. Comme le retour du jedi genre... bref bonne vidéo à tous !
France Télévisions souhaitait confier des données sensibles sur les préférences politiques de ses téléspectateurs à une entreprise israélienne, dont le PDG développe et commercialise des outils de ci…
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Plus de 2 000 personnes, très majoritairement des mineurs, ont été placées en garde à vue depuis lundi 28 septembre en marge du mouvement des lycéens. Plusieurs d’entre eux témoignent de conditions de détention violentes, qui interrogent sur la réponse politique apportée à cette mobilisation
Inès Bennacer et Pierre Jequier-Zalc
2 octobre 2026 à 19h41
La voix d’Ethan*, 15 ans, est posée, méticuleuse, précise. Pendant une heure, celui-ci raconte, en détail, les vingt-quatre heures de garde à vue qu’il a passées au commissariat de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) entre le 24 et le 25 septembre, après son interpellation sur le blocage du lycée professionnel Frédéric-Bartholdi, dans lequel il étudie en première.
Ce n’est que vers la fin de son récit, à la question « comment allez-vous aujourd’hui ? », que sa voix flanche légèrement. « Je n’ose plus sortir. J’ai peur de recroiser l’équipe de la BAC. »
Quelques jours après sa garde à vue, il se rend à l’hôpital et consulte un pédopsychiatre qui, dans un certificat médical, écrit : « L’examen initial a découvert : des cauchemars, des angoisses, un vécu de peur, il est en hypervigilance et dans l’évitement de l’extérieur, n’ose plus sortir seul et n’ose plus aller au lycée. » Diagnostic : stress aigu post-traumatique et sept jours d’ITT.
Le garçon de 15 ans assure que, par la voix de son avocate, il va déposer plainte contre les policiers, « sans trop d’espoir ». Devant le médecin, comme auprès de Mediapart, il raconte des violences et des humiliations répétées. « En salle de fouille, un vieux policier m’a demandé de me déshabiller. J’ai refusé d’enlever mon bas. Il m’a baissé mon pantalon et mon caleçon de force », assure celui qui est ressorti du commissariat sans poursuites pénales.
Lors de son audition, sur les conseils de son avocate, il décide de garder le silence, expliquant seulement qu’il a été « violenté » par des policiers qui lui auraient dit « ton père il ne s’occupe pas bien de toi petite merde », avant de le traiter de « fils de pute ».
La suite, c’est Ethan qui la raconte : « Deux policiers me raccompagnent dans ma cellule. Dedans, l’un m’attrape par le col et me plaque contre le lit en béton. L’autre me met des patates derrière la tête en me disant : “T’es seul maintenant, ton avocate elle est partie petite salope.” » Interrogée sur ces propos, la préfecture de police n’a pas répondu à nos questions à l’heure où nous publions cet article.
« Un seul repas par jour »
Alors que le mouvement lycéen s’étend partout en France, les chiffres d’interpellations et de gardes à vue communiqués par le ministère de l’intérieur grimpent en flèche jour après jour. Jeudi 1er octobre, 1 800 personnes, dont 90 % de mineur·es, avaient été placées en garde à vue depuis le début de la semaine. Pour la seule journée du 1er octobre, plus de 1 900 personnes ont été interpellées. Des chiffres tout à fait inédits.
« Aux revendications légitimes, [le gouvernement] répond par la violence, les interpellations, les gardes à vue. […] Cette répression est d’une ampleur sans précédent », s’inquiète la CGT qui accuse le gouvernement d’organiser et d’assumer « l’escalade » de violences constatées depuis mercredi 30 septembre et appelle à manifester auprès des lycéen·nes le 6 octobre.
De son côté, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a témoigné de « toute [sa] confiance » à l’égard des forces de l’ordre « pour parvenir au juste équilibre entre proportionnalité des interventions, nécessaire maintien de l’ordre et protection des biens et des personnes », dénonçant un « climat de violence inacceptable aux abords des établissements scolaires ».
Les policiers tapaient sur les barres en métal avec leur matraque pour nous réveiller la nuit. J’ai été insulté de “sale petit Arabe”. -- Mohammed, lycéen de 16 ans à Saint-Denis
« On est en colère. On proteste parce qu’il y a des rats dans nos classes, où il n’y a pas assez de tables et de chaises, et on nous envoie la police comme ça. C’est ça la liberté de manifester et de protester ? », rage, amer, Mohammed.
En seconde générale au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, il a effectué quarante-huit heures de garde à vue entre le 29 septembre et le 1er octobre. Poursuivi pour dégradation de biens, des faits qu’il conteste intégralement et pour lesquels il est présumé innocent, il sera jugé le 17 février.
« Lorsque j’ai été interpellé, les policiers m’ont tiré par les cheveux puis m’ont embarqué dans la voiture. Dedans, l’un d’entre eux m’a tiré si fort le bras que j’ai cru qu’il allait se casser. Je demandais ce que j’avais fait. La seule réponse que j’ai obtenue : “Ferme ta gueule” », raconte le jeune homme de 16 ans.
Placé pour la première fois de sa vie en garde à vue, il raconte « quarante-huit heures d’enfer ». « On nous a servi un seul repas par jour. On était quatre dans une cellule pour trois qui puait la pisse. Les policiers tapaient sur les barres en métal avec leur matraque pour nous réveiller la nuit. J’ai été traité de “sale petit Arabe” », affirme le lycéen.
Sa mère, qui s’est rendue au commissariat pour essayer de voir son fils, n’a, selon elle, guère reçu un meilleur accueil. « Quand j’ai demandé à voir mon fils, le policier à l’entrée m’a crié dessus, puis m’a dit de partir. J’ai cru qu’il allait me frapper », témoigne-t-elle.
Darmanin demande la responsabilité civile des parents
Jeudi 1er octobre, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, a convoqué les trente-six procureurs généraux pour apporter « une réponse pénale ferme et l’engagement de la responsabilité civile des parents de mineurs chaque fois que cela est possible », a-t-il écrit sur X. Invité le lendemain sur RTL, il a dit « espérer » que « les magistrats du siège confirmeront » ce que demanderont les procureurs.
Sophia Fichera, elle, préfère prendre la parole à la place de son fils, Noham, 16 ans, lycéen à Jean-Jacques-Rousseau à Sarcelles (Val-d’Oise), car il est encore « très choqué ». Jeudi 24 septembre, au premier jour du mouvement lycéen, Noham se rend en cours comme d’habitude, car, malgré les rumeurs de blocage, sa mère a préféré qu’il y aille par crainte qu’il « prenne une absence injustifiée », raconte-t-elle.
À 8 h 15, son fils est interpellé par deux agents de la BAC, présents en nombre aux abords de l’établissement. Rapidement, Noham est interpellé, fouillé puis embarqué, le tout filmé par ses ami·es qui s’empressent d’informer Sophia Fichera.
« Dans la voiture, il a demandé des explications sur son arrestation, car il n’avait rien fait, les agents n’ont pas cherché à comprendre. Ils lui ont dit “ferme ta gueule” et “on va te niquer si tu continues” et d’autres insultes. Ils l’ont frappé à plusieurs reprises, au foie, au visage », dénonce-t-elle.
Entre-temps, elle est prévenue par le commissariat que son fils est mis en garde à vue, pour dégradation de biens. Sur les coups de 18 heures, le lycéen sort du commissariat. Il raconte à sa mère qu’on lui a interdit l’accès aux toilettes et que les insultes racistes étaient incessantes.
Depuis, Noham ne veut plus aller au lycée ou seulement s’il est accompagné par son père. Sophia Fichera a désormais peur qu’on lui colle injustement l’étiquette de voyou. Surtout qu’elle a le sentiment qu’il a été embarqué délibérément, notamment parce qu’il est maghrébin et qu’il « portait une casquette ».
À son retour chez lui, le garçon de 16 ans, qui a déjà effectué de la garde à vue pour des rodéos urbains, confie à sa mère : « On m’a maltraité comme jamais, c’était horrible. » L’adolescent est convoqué en janvier 2027 devant le juge des enfants pour avoir « participé à un attroupement en étant en possession d’une arme », ce qu’il conteste. Il est présumé innocent.
« La tête écrasée contre un mur »
Lionel*, élève à Paul-Éluard, à Saint-Denis, raconte la même chose. « Malheureusement, j’ai déjà fait plusieurs gardes à vue dans ma vie. Mais jamais, vraiment jamais, on m’a tabassé et insulté comme cela. Ils m’ont éclaté la tête au sol, à coups de poing. J’ai subi une bavure », raconte le lycéen de 17 ans, qui montre une vidéo dans laquelle on voit cinq agents de police le plaquer violemment au sol devant son établissement. Il est ressorti libre du commissariat, sans poursuites pénales, mais avec des séquelles physiques, son arcade étant largement entaillée.
Adam porte encore les stigmates de son arrestation. Contacté par téléphone, au côté de sa mère, il répète : « Ils m’ont tordu le bras, j’ai encore les traces. » Le jeune homme de 16 ans est scolarisé au lycée André-Marie-Ampère à Morsang-sur-Orge (Essonne). Mercredi 30 septembre, il a participé au blocage de son établissement. L’adolescent nie toute dégradation. Il assure seulement avoir brandi quelques pancartes, « pour rigoler ».
Lucie Opigez, sa mère, raconte encore, bouleversée : « Le lendemain, une équipe de police a débarqué chez moi. Seule ma fille âgée de 13 ans était présente. Paniquée, elle a ouvert. Les forces de l’ordre lui ont dit agressivement : “Il est où ton frère ?” » Adam était chez son père, ses parents étant divorcés.
Dans la demi-heure qui a suivi, c’est là-bas qu’ils se sont présentés. « J’ai ouvert et ils m’ont sauté dessus en me demandant les codes de mon téléphone. Je n’ai pas répondu, alors ils m’ont giflé », explique-t-il, précisant qu’on lui a « écrasé la tête contre un mur » pour lui passer les menottes. On lui reproche d’avoir lancé des mortiers, ce qu’il nie.
Le lycéen décrit ensuite une fouille « traumatisante » et « humiliante » au commissariat. « J’étais en caleçon devant plusieurs hommes, il faisait froid, j’avais peur », s’émeut-il. Le lycéen refuse à nouveau de fournir ses codes de téléphone, alors, il assure avoir été frappé à tel point que sa joue a « triplé de volume ».
Il passe la nuit dans un autre commissariat, où on lui retire matelas et oreillers. « On m’a insulté en continu », affirme-t-il. La mère et son fils indiquent préparer un signalement à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et envisagent de porter plainte. Le jeune homme doit comparaître en novembre devant le tribunal pour enfants.
Aujourd’hui, l’ensemble des lycéens qui ont témoigné auprès de Mediapart se disent « profondément choqués ». « Je suis traumatisé. Tous les soirs, dans mon lit, je revis la scène. Dans la rue, quand je vois une voiture de police, j’ai les jambes qui tremblent. J’essaie de me cacher », souffle Lionel. « C’était traumatisant. Je suis effrayé, terrorisé, je n’ose plus aller au lycée, de peur de recroiser ces policiers », abonde Mohammed.
Surtout, ces lycéens confient ne plus se rendre aux mobilisations depuis leur garde à vue. « C’est la première fois que je me mobilise pour défendre quelque chose qui me paraît juste : bien étudier, dans des conditions convenables. Je ne sais pas si je le referai », conclut Ethan. La mère d’Adam résume : « Pour avoir exercé leur droit à manifester, nos enfants se sont fait casser la gueule. »